Quel modèle de rémunération pour les artistes ?
Par Olivier Azeau, le 4 mars 2006, 11:36 - Sicap
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Entre DRM et licence globale, les discussions vont bon train ces temps-ci concernant la rémunération des artistes vis à vis du téléchargement de leurs oeuvres sur Internet. Comme chacun y va de son avis, j'en profite pour donner également le mien en essayant de décrire une solution que je qualifierais d'intermédiaire par rapport aux positions habituellement rencontrées.
Tout d'abord, quelques évidences :
Fraunhofer (les inventeurs du mp3) a récemment communiqué sur une technologie prometteuse : le tatouage numérique des fichiers audio. Je ne connais pas les détails techniques du système mais le principe est visiblement simple : un tatouage est appliqué sur un fichier audio compréssé ou non et aucune transformation (encodage, compression, etc.) ne peut le supprimer.
Cette technologie est présentée comme étant une alternative aux DRMs en permettant, à partir de n'importe quel fichier circulant sur Internet, de remonter à l'acheteur initial du morceau, dans le but, je suppose, de le punir pour avoir illégalement diffusé le morceau en question.
De telles pratiques peuvent fonctionner mais je ne crois pas que quiconque en sortirait gagnant : ce n'est pas en traitant les consommateurs comme autant de pirates potentiels qu'on les incite à consommer. La répression n'incite pas à la consommation. En terme d'effets, on se retrouverait dans une situation identique aux DRMs : la baisse inéluctable des ventes.
Par ailleurs, il serait temps de se rappeler que nous vivons dans un système économique capitaliste et que, comme le dit wikipedia : "Une des caractéristiques essentielles du capitalisme est de de fonctionner sur la base de la recherche du profit par le capitaliste. Mais il laisse chacun déterminer ses objectifs de profit, qualitativement et quantitativement. Le profit effectivement réalisé dépend, lui, de la réaction du marché aux offres des entrepreneurs qui mettent en ?uvre ce capital."
Pour moi, la clef est de tirer profit de ce fait et de laisser les gens générer eux-mêmes de la valeur et de la croissance. Si on avait un système qui permette à quiconque de générer un profit à partir du commerce d'oeuvres artistiques en garantissant systématiquement un revenu pour l'auteur, pourquoi ne fonctionnerait-il pas ?
Imaginons un instant qu'une technologie telle que le tatouage numérique de Fraunhofer existe sous forme libre accessible à tous. Concrètement, supposons qu'il existe un logiciel libre permettant à quiconque de tatouer un fichier audio de manière indélébile. J'insiste sur le fait que ce logiciel doit être libre car il doit être accessible à tous et tout le monde doit avoir confiance en son comportement.
Prenons ensuite un producteur de musique X (qui peut être une grosse maison de production ou un artiste indépendant qui s'autoproduit). X réalise une oeuvre de musique O et il la tatoue avec une information qui indique qu'il est l'auteur original du morceau et qui donne l'adresse internet d'un service S auprès duquel on achète le morceau.
Ces informations sont cryptées par un système clef privée/clef publique : quiconque entrera en possession du morceau saura qui est le producteur originel et personne ne pourra falsifier cette information (car impossibilité d'en générer une autre utilisant la même clef privée et impossibilité de supprimer le tatouage numérique du morceau).
Un individu ou une société Y, fan de musique et très intéressé par l'écoute de cette oeuvre O achète un fichier contenant O auprès du service S. Au passage, ce service S rajoute dans le tatouage crypté une information qui indique clairement que Y a acheté O.
Y est désormais possessur du fichier : il en fait ce que bon lui semble. Il peut
Un peu à la manière des oeuvres libres : celui qui en accepte le contrat d'utilisation peut en faire un grand nombre de choses, y compris dans certains cas le vendre à condition de le redistribuer dans les conditions identiques au contrat initial. Le contrat liant X et Y stipule une seule contrainte importante : si Y veut commercialiser O, il doit le faire à travers la plateforme S qui assurera un revenu à X et à Y.
Par la suite Y, qui jouit d'une certaine réputation pour ses très bons goûts musicaux, vend O à un tiers Z. Grace au tatouage et à la clef publique, Z peut effectivement vérifier que :
Pour garantir ce droit de vérification à Z, il faut que le logiciel qui lui permette de lire le tatouage soit libre.
Z est d'autant plus motivé par cet achat que le tatouage lui indique quel argent va revenir à qui. Y peut être tenté de vendre le morceau sans passer par S mais cela ne pourra pas se faire au grand jour car Y ne respecterait alors pas le contrat le liant à X. On tombe alors dans le cas de commerce illégal que toutes les industries connaissent. Ce cas là doit être puni par la loi (ce qui est d'ailleurs déjà le cas).
Bien évidemment, le fichier acheté par Z auprès de S contient un nouveau tatouage qui indique :
Z jouit à son tour des mêmes droits que Y sur le fichier (à la différence que Y touchera également un petit pourcentage sur les ventes que pourrait réaliser Z)
En supposant que les technologies adéquates soient disponibles, il n'y a je pense qu'une seule raison qui empecherait le système de fonctionner : un nombre insuffisant d'oeuvre de bonne qualité capables de générer du revenu (et donc peu intéressantes pour les intermédiaires voulant faire du profit).
Si les oeuvres intéressante sont là , si la technologie est disponible et si le moyen de paiment n'est pas trop lourd, je fais confiance aux producteurs pour trouver les bons pourcentages de rémunération à accorder aux distributeurs (car il en restent maîtres grace à un paiement qui passe systématiquement par leur service) et aux distributeurs pour trouver le bon prix de vente et proposer les services adéquats à leurs clients.
C'est en laissant la liberté à chacun qu'un marché atteint son optimum.
Par ailleurs, il devient de plus en plus évident que :
Le système présenté, en favorisant toutes les formes de diffusion, permet de tirer parti de ces caractéristiques.
Dans un tel système, même si les tentations de faire du profit sont grandes, la distribution à titre gracieux existera toujours (tout comme elle existe aujourd'hui dans les faits de manière plus ou moins légale entre copie privée et P2P). Si besoin est on peut toujours adosser au système une remunération minimaliste pour copie privée à travers Internet pour ces cas là (genre 50 centimes d'euro par mois et par abonné internet). La redistribution de cette taxe pourrait être indexée sur les ventes effectives : chaque producteur étant en mesure de justifier son nombre de ventes grace aux systèmes de paiement en leur possession, l'organisme collecteur de la taxe peut redistribuer l'argent récolté, la valorisation d'un morceau auquel peut prétendre un producteur étant obtenue en divisant l'ensemble des taxes récoltées dans le mois par le nombre de ventes de morceaux effectuées.
- On peut être contre les DRM sur les "produits culturels" sans pour autant être en faveur du "tout gratuit", et c'est mon cas. (citation honteusement copiée chez Tristan)
- Une usine à gaz administrative (mais qui a au moins l'énorme mérite d'essayer de décrire des choses concrètes !) aura du mal à fonctionner si elle ne permet pas au consommateur un choix au moins aussi grand que le choix actuel et sans contrainte supplémentaire.
- Les DRMs ne gênent que les gens honnêtes et font fuir les clients potentiels
Fraunhofer (les inventeurs du mp3) a récemment communiqué sur une technologie prometteuse : le tatouage numérique des fichiers audio. Je ne connais pas les détails techniques du système mais le principe est visiblement simple : un tatouage est appliqué sur un fichier audio compréssé ou non et aucune transformation (encodage, compression, etc.) ne peut le supprimer.
Cette technologie est présentée comme étant une alternative aux DRMs en permettant, à partir de n'importe quel fichier circulant sur Internet, de remonter à l'acheteur initial du morceau, dans le but, je suppose, de le punir pour avoir illégalement diffusé le morceau en question.
De telles pratiques peuvent fonctionner mais je ne crois pas que quiconque en sortirait gagnant : ce n'est pas en traitant les consommateurs comme autant de pirates potentiels qu'on les incite à consommer. La répression n'incite pas à la consommation. En terme d'effets, on se retrouverait dans une situation identique aux DRMs : la baisse inéluctable des ventes.
Par ailleurs, il serait temps de se rappeler que nous vivons dans un système économique capitaliste et que, comme le dit wikipedia : "Une des caractéristiques essentielles du capitalisme est de de fonctionner sur la base de la recherche du profit par le capitaliste. Mais il laisse chacun déterminer ses objectifs de profit, qualitativement et quantitativement. Le profit effectivement réalisé dépend, lui, de la réaction du marché aux offres des entrepreneurs qui mettent en ?uvre ce capital."
Pour moi, la clef est de tirer profit de ce fait et de laisser les gens générer eux-mêmes de la valeur et de la croissance. Si on avait un système qui permette à quiconque de générer un profit à partir du commerce d'oeuvres artistiques en garantissant systématiquement un revenu pour l'auteur, pourquoi ne fonctionnerait-il pas ?
Imaginons un instant qu'une technologie telle que le tatouage numérique de Fraunhofer existe sous forme libre accessible à tous. Concrètement, supposons qu'il existe un logiciel libre permettant à quiconque de tatouer un fichier audio de manière indélébile. J'insiste sur le fait que ce logiciel doit être libre car il doit être accessible à tous et tout le monde doit avoir confiance en son comportement.
Prenons ensuite un producteur de musique X (qui peut être une grosse maison de production ou un artiste indépendant qui s'autoproduit). X réalise une oeuvre de musique O et il la tatoue avec une information qui indique qu'il est l'auteur original du morceau et qui donne l'adresse internet d'un service S auprès duquel on achète le morceau.
Ces informations sont cryptées par un système clef privée/clef publique : quiconque entrera en possession du morceau saura qui est le producteur originel et personne ne pourra falsifier cette information (car impossibilité d'en générer une autre utilisant la même clef privée et impossibilité de supprimer le tatouage numérique du morceau).
Un individu ou une société Y, fan de musique et très intéressé par l'écoute de cette oeuvre O achète un fichier contenant O auprès du service S. Au passage, ce service S rajoute dans le tatouage crypté une information qui indique clairement que Y a acheté O.
Y est désormais possessur du fichier : il en fait ce que bon lui semble. Il peut
- l'écouter sur sa chaîne hi-fi
- l'écouter sur son baladeur
- l'écouter sur son autoradio
- le donner à ses amis
- le mettre sur son site web
- le diffuser sur sa radio
- etc.
Un peu à la manière des oeuvres libres : celui qui en accepte le contrat d'utilisation peut en faire un grand nombre de choses, y compris dans certains cas le vendre à condition de le redistribuer dans les conditions identiques au contrat initial. Le contrat liant X et Y stipule une seule contrainte importante : si Y veut commercialiser O, il doit le faire à travers la plateforme S qui assurera un revenu à X et à Y.
Par la suite Y, qui jouit d'une certaine réputation pour ses très bons goûts musicaux, vend O à un tiers Z. Grace au tatouage et à la clef publique, Z peut effectivement vérifier que :
- X est le producteur originel
- Y est un intermédiaire de confiance car il a acheté O à X
- S est effectivement le service auprès duquel doit être réalisé le paiement
Pour garantir ce droit de vérification à Z, il faut que le logiciel qui lui permette de lire le tatouage soit libre.
Z est d'autant plus motivé par cet achat que le tatouage lui indique quel argent va revenir à qui. Y peut être tenté de vendre le morceau sans passer par S mais cela ne pourra pas se faire au grand jour car Y ne respecterait alors pas le contrat le liant à X. On tombe alors dans le cas de commerce illégal que toutes les industries connaissent. Ce cas là doit être puni par la loi (ce qui est d'ailleurs déjà le cas).
Bien évidemment, le fichier acheté par Z auprès de S contient un nouveau tatouage qui indique :
- X est le producteur originel
- Y est un intermédiaire de confiance car il a acheté O à X
- Z est un intermédiaire de confiance car il a acheté O à Y
Z jouit à son tour des mêmes droits que Y sur le fichier (à la différence que Y touchera également un petit pourcentage sur les ventes que pourrait réaliser Z)
En supposant que les technologies adéquates soient disponibles, il n'y a je pense qu'une seule raison qui empecherait le système de fonctionner : un nombre insuffisant d'oeuvre de bonne qualité capables de générer du revenu (et donc peu intéressantes pour les intermédiaires voulant faire du profit).
Si les oeuvres intéressante sont là , si la technologie est disponible et si le moyen de paiment n'est pas trop lourd, je fais confiance aux producteurs pour trouver les bons pourcentages de rémunération à accorder aux distributeurs (car il en restent maîtres grace à un paiement qui passe systématiquement par leur service) et aux distributeurs pour trouver le bon prix de vente et proposer les services adéquats à leurs clients.
C'est en laissant la liberté à chacun qu'un marché atteint son optimum.
Par ailleurs, il devient de plus en plus évident que :
- les sources futures de profit résident dans la longue traîne
- dans un monde ou cohabitent des millions d'oeuvres, la valeur ajoutée des intervenants vient de la capacité à mettre en lumière une oeuvre donnée
Le système présenté, en favorisant toutes les formes de diffusion, permet de tirer parti de ces caractéristiques.
Dans un tel système, même si les tentations de faire du profit sont grandes, la distribution à titre gracieux existera toujours (tout comme elle existe aujourd'hui dans les faits de manière plus ou moins légale entre copie privée et P2P). Si besoin est on peut toujours adosser au système une remunération minimaliste pour copie privée à travers Internet pour ces cas là (genre 50 centimes d'euro par mois et par abonné internet). La redistribution de cette taxe pourrait être indexée sur les ventes effectives : chaque producteur étant en mesure de justifier son nombre de ventes grace aux systèmes de paiement en leur possession, l'organisme collecteur de la taxe peut redistribuer l'argent récolté, la valorisation d'un morceau auquel peut prétendre un producteur étant obtenue en divisant l'ensemble des taxes récoltées dans le mois par le nombre de ventes de morceaux effectuées.


Commentaires
J'ai découvert ta proposition à partir du billet que tu as laissé sur mon blog dédié à la LFO (qui, je le reconnais, est une usine à gaz, mais qui au moins répond concrètement à des questions que certains dans le camp des pro licence globale éludent un peu trop vite).
Ma fois ca m'a l'air pas mal ce que tu as écrit. Cela dit, pourquoi garder des intermédiaires ? Le "bon goût" de Y, qui par ton systeme gagnerait aussi de l'argent, risquerait bien vite de se transformer en un chien-truffier à tubes, comme le devraient normalement être les directeurs artistiques des majors...
Exemple : Si j'étais Y, pour gagner ma vie, vaudrait mieux que je propose ce qui est #1 au top 50...
Ton systeme ressemble à s'y méprendre Weed (http://www.weedfrance.com/), systeme auquel j'ai déjà fait ce reproche.
Je ne dis pas que ton systeme est mauvais, et le watermarking par logiciel libre m'a l'air d'être une bonne idée, ni que la LFO que j'ai décrite sur http://lfo-p2p.over-blog.com est parfaite, loin de la.
Tu as aussi le grand mérite de réfléchir a la question et d'apporter des propositions bien plus intelligentes que le tout DRM Dadvsiesque...
Maintenant, je pense que la meilleure des solutions reste à trouver... pour l'instant on ne sait que ou il ne faut PAS la chercher (dans le texte actuel du DADVSI)...
A mon avis, les intermédiaires sont essentiels pour valoriser et équilibrer un marché en évitant de tomber dans une situation de monopole ("concurrence libre et non faussée"...)
Le 1er gros inconvénients de Weed, c'est que Weed fixe la répartition des gains et que l'auteur fixe le prix de vente. L'intermédiaire n'a donc aucun levier pour décider de la meilleure valorisation du bien qu'il vend : s'il est assez bon commercial pour vendre 1000 euros un truc disponible à 1 euro chez l'auteur, c'est bon pour l'auteur.
L'intermédiaire doit être rémunéré en rapport avec sa valeur ajoutée et sans pouvoir léser l'auteur (qui lui fixe la répartition des gains).
Par ailleurs, rien n'empêche celui qui achète un morceau 1000 euros d'en vendre 2000 à 1 euro... S'agissant de biens non rivaux, le concept de "vente à perte" n'a plus aucune signification.
Le 2ème gros inconvénient de Weed ce sont les DRMs qui à eux seuls font que je ne souscrirai jamais à cette formule (inutile d'expliquer pourquoi...)