Décentraliser le mammouth
Par Olivier Azeau, le 16 mai 2006, 00:05 - Sicap
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Les procédure d'affection des médecins hospitaliers évoluent et Hughes critique les médecins qui dénoncent ces évolutions.
Sur le principe, je ne peux qu'appouver ces critiques totalement fondées. Les besoins en recrutement au plan local ne peuvent pas être décidés au sommet de l'état. A moins de croire que les personnes soient interchangeables, comme semblent l'entériner les nouvelles lois sur le recrutement, les spécificités de chacun, recruteur et recruté, font qu'un processus centralisé ne peut pas fonctionner aussi bien que des décisions proches du terrain.
Cela est vrai pour les hopitaux mais cela est également vrai pour les autres secteurs ou certains présidentiables voudraient nous faire croire aux vertus de l'immigration choisie.
Là où je me permets de douter, c'est quand je lis qu'un pouvoir de recrutement donné exclusivement à des directeurs d'établissement serait la panacée.
Sur le principe, je ne peux qu'appouver ces critiques totalement fondées. Les besoins en recrutement au plan local ne peuvent pas être décidés au sommet de l'état. A moins de croire que les personnes soient interchangeables, comme semblent l'entériner les nouvelles lois sur le recrutement, les spécificités de chacun, recruteur et recruté, font qu'un processus centralisé ne peut pas fonctionner aussi bien que des décisions proches du terrain.
Cela est vrai pour les hopitaux mais cela est également vrai pour les autres secteurs ou certains présidentiables voudraient nous faire croire aux vertus de l'immigration choisie.
Là où je me permets de douter, c'est quand je lis qu'un pouvoir de recrutement donné exclusivement à des directeurs d'établissement serait la panacée.
L'exemple de l'enseignement, développé dans le billet, me semble significatif. Les chefs d'établissement de l'enseignement secondaire public disposent d'ores et déjà d'un arsenal hiérarchique : affectations des classes, organisation des emplois du temps, exécution d'heures supplémentaires, nomination des professeurs principaux, et même notation des enseignants. Certes, la note 'administrative' ne compte que pour 40% de la note totale de l'enseignant et est très encadrée d'un point de vue réglementaire (respect d'une fourchette selon l'échelon et éventuelle péréquation) mais elle existe bel et bien.
Dans un tel contexte, dire que le système serait moins inégalitaire "comme chez Tony Blair" si le chef d'établissement disposait d'un pouvoir élargi n'est qu'une supercherie.
On parle beaucoup de l'évaluation PISA qui met la Finlande au panthéon des systèmes éducatifs européens. On oublie peut être de mentionner qu'un pays est absent de ces résultats : le Royaume-Uni, qui n'a pas observé les standards techniques en matère de taux de participation minimal d'élèves.
Alors de quels résultats parle-t-on ? Qu'est ce qui ferait qu'un chef de nos établissements scolaires français serait le mieux placé pour décider ce qui est bien ?
La réalité actuelle, c'est que les objectifs des établissements scolaires, c'est de maximiser le nombre de diplomés, peu importe la façon dont on y arrive. Ces établissements sont devenus des usines à baccalauréat et le principal souci de celui qui dirige un tel établissement, c'est de remplir ses classes, faire redoubler le moins d'élèves possible et soigner ses résultats aux examens.
Les progrès hallucinants de la jeunesse française (+27 points entre 1989 et 1995) ne semblent pas étonner grand monde et après ça il faudrait donner encore plus de pouvoir aux 'comptables' du système !
Il y a certes un problème de centralisation, problème amplifié par le double besoin de contrôle centralisé (gouvernement et syndicats), mais vouloir le résoudre en reproduisant à petite échelle un modèle purement hiérachique, c'est mal connaître la façon dont fonctionnent aujourd'hui les lignes de décision de ce qui marche encore le moins mal, le secteur privé.
Quand on en arrive à des volumes d'employés de la foncion publique hospitalière ou de l'éducation nationale, le modèle organisationnel ne peut pas être celui de la PME du coin ou le patron omniprésent a une vision complète de sa société et la main mise sur la totalité de son fonctionnement.
Dans les grosses sociétés très distribuées d'un point de vue géographique, pour prendre quelque chose de comparable, les organisations sont le plus souvent matricielles. Un responsable d'une unité géographique n'a pas forcément la compétence requise pour décider de la meilleure façon de travailler pour chacun des types de métier qui s'exercent sur son sol. C'est pour cela qu'existent d'autres lignes de commandement, plus orientées métier.
Dans l'enseignement secondaire, cette structure orientée métier existe déjà en partie sous la forme d'inspecteurs spécialisés par matières d'enseignement. Le problème, c'est qu'elle souffre de plusieurs maux :
On a donc déjà là les bases de la structure matricielle, du moins les têtes de ligne et de colonne. Ce qui, de mon point de vue, manque, ce sont les noeuds de la matrice. Des coordinateurs locaux, un par matière et par établissement ou groupe d'établissement, capables d'enseigner à temps partiel et, le reste du temps, dotés d'un véritable pouvoir hiérarchique, d'être les relais entre l'ensemble des enseignants, la hiérarchie organisationelle (géographique) et la hiérarchie pédagogique. Des relais qui ne seraient pas de simples courroies de transmission mais auraient un vrai rôle actif, tant du point de vue de l'adéquation au terrain des messages venant du sommet que de la remontée d'informations objectives dépassant le cadre habituel très "m'as-tu vu" de ceux qui savent se faire mousser auprès des hautes instances.
Bien sur, un tel modèle n'a absolument aucune chance de voir le jour. Les enseignants, dans leur grande majorité, n'accepteraient pas que l'un de leurs 'pairs' puisse les diriger, surtout s'il n'est pas du bon syndicat. Les syndicats, forts d'être le seul lien existant entre le pouvoir central et la base, n'accepteraient jamais que ce rôle de maillon puisse être joué par quelqu'un d'autre (qui risquerait de le faire mieux...). Le gouvernement n'accepterait jamais de payer des heures de travail inutiles, puisque n'étant pas des heures d'enseignement à proprement parler.
Et pourtant, quiconque a passé un peu de temps dans une entreprise teintée de fonctionnement matriciel sait à quel point ce premier niveau de management joue un rôle crucial...
Dans un tel contexte, dire que le système serait moins inégalitaire "comme chez Tony Blair" si le chef d'établissement disposait d'un pouvoir élargi n'est qu'une supercherie.
On parle beaucoup de l'évaluation PISA qui met la Finlande au panthéon des systèmes éducatifs européens. On oublie peut être de mentionner qu'un pays est absent de ces résultats : le Royaume-Uni, qui n'a pas observé les standards techniques en matère de taux de participation minimal d'élèves.
Alors de quels résultats parle-t-on ? Qu'est ce qui ferait qu'un chef de nos établissements scolaires français serait le mieux placé pour décider ce qui est bien ?
La réalité actuelle, c'est que les objectifs des établissements scolaires, c'est de maximiser le nombre de diplomés, peu importe la façon dont on y arrive. Ces établissements sont devenus des usines à baccalauréat et le principal souci de celui qui dirige un tel établissement, c'est de remplir ses classes, faire redoubler le moins d'élèves possible et soigner ses résultats aux examens.
Les progrès hallucinants de la jeunesse française (+27 points entre 1989 et 1995) ne semblent pas étonner grand monde et après ça il faudrait donner encore plus de pouvoir aux 'comptables' du système !
Il y a certes un problème de centralisation, problème amplifié par le double besoin de contrôle centralisé (gouvernement et syndicats), mais vouloir le résoudre en reproduisant à petite échelle un modèle purement hiérachique, c'est mal connaître la façon dont fonctionnent aujourd'hui les lignes de décision de ce qui marche encore le moins mal, le secteur privé.
Quand on en arrive à des volumes d'employés de la foncion publique hospitalière ou de l'éducation nationale, le modèle organisationnel ne peut pas être celui de la PME du coin ou le patron omniprésent a une vision complète de sa société et la main mise sur la totalité de son fonctionnement.
Dans les grosses sociétés très distribuées d'un point de vue géographique, pour prendre quelque chose de comparable, les organisations sont le plus souvent matricielles. Un responsable d'une unité géographique n'a pas forcément la compétence requise pour décider de la meilleure façon de travailler pour chacun des types de métier qui s'exercent sur son sol. C'est pour cela qu'existent d'autres lignes de commandement, plus orientées métier.
Dans l'enseignement secondaire, cette structure orientée métier existe déjà en partie sous la forme d'inspecteurs spécialisés par matières d'enseignement. Le problème, c'est qu'elle souffre de plusieurs maux :
- une trop faible granularité qui induit :
- une trop faible proximité vis à vis des enseignants
- une trop forte inféodation au pouvoir central
On a donc déjà là les bases de la structure matricielle, du moins les têtes de ligne et de colonne. Ce qui, de mon point de vue, manque, ce sont les noeuds de la matrice. Des coordinateurs locaux, un par matière et par établissement ou groupe d'établissement, capables d'enseigner à temps partiel et, le reste du temps, dotés d'un véritable pouvoir hiérarchique, d'être les relais entre l'ensemble des enseignants, la hiérarchie organisationelle (géographique) et la hiérarchie pédagogique. Des relais qui ne seraient pas de simples courroies de transmission mais auraient un vrai rôle actif, tant du point de vue de l'adéquation au terrain des messages venant du sommet que de la remontée d'informations objectives dépassant le cadre habituel très "m'as-tu vu" de ceux qui savent se faire mousser auprès des hautes instances.
Bien sur, un tel modèle n'a absolument aucune chance de voir le jour. Les enseignants, dans leur grande majorité, n'accepteraient pas que l'un de leurs 'pairs' puisse les diriger, surtout s'il n'est pas du bon syndicat. Les syndicats, forts d'être le seul lien existant entre le pouvoir central et la base, n'accepteraient jamais que ce rôle de maillon puisse être joué par quelqu'un d'autre (qui risquerait de le faire mieux...). Le gouvernement n'accepterait jamais de payer des heures de travail inutiles, puisque n'étant pas des heures d'enseignement à proprement parler.
Et pourtant, quiconque a passé un peu de temps dans une entreprise teintée de fonctionnement matriciel sait à quel point ce premier niveau de management joue un rôle crucial...


Commentaires
Contrairement à ce que vous affirmez, la proposition de fonctionnement hiérarchique que vous faites va à l'encontre de ce qui se passe aujourd'hui dans le privé
L'automobile, pour des raisons de taille de ses usines notamment, a été une des premières a abandonner la logique métier
La question de la coordination devenant majeure pour traiter les questions de coût qualité délai, les organisations qui faisaient que le seul chef commun entre production et maintenance était le directeur d'usine ont vite montré leur limite. On a donc vu apparaître des organisations dites village (par exemple), où le responsable local avait la responsabilité de l'ensemble des domaines sur son "village"
C'est devenu la norme depuis dans l'industrie et c'est en train d'envahir les services (par exemple avec la nouvelle gouvernance dans les hopitaux)
Appliqué à l'enseignement, cela donne les responsables par niveau (6ème, 5ème etc.) que j'ai vu fonctionner très bien dans des établissements qui avaient réfléchi sérieusement au problème
Soit la rédaction de mon billet est ambigue, soit je n'ai pas compris votre commentaire. Je ne suggère rien d'autre que des niveaux de responsabilités intermédiaires : un responsable par niveau scolaire en est un exemple.
Là où il peut y avoir discussion, c'est sur l'apport de ces niveaux intermédiaires en terme de liant dans l'organisation. Je ne vois pas le gain d'une responsabilité transversale (exemple : la 6ème) qui n'est qu'un modèle réduit de chef d'établissement et dont une partie du lien organisationnel est déjà remplie par les professeurs principaux. De plus, tous les efforts de ces dernières années ont porté sur de la transversalité (exemple : les TPE au lycée) avec des résultats qui semblent assez mitigés.
Pour le peu que je peux en voir, les lacunes sont plutôt au niveau du lien intra-disciplinaire : aucun relais local de l'inspection, des conseils d'enseignement qui servent au mieux à choisir un manuel... Et ne parlons même pas de l'articulation collège-lycée.
Dans la théorie, le contenu des programmes scolaires suffit à organiser le cursus complet d'un élève au sein d'une discipline donnée. Dans la pratique...