La mémoire courte
Par Olivier Azeau, le 27 mars 2007, 01:06 - Sicap
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9 janvier 1994, François Bayrou, ministre de l'éducation nationale, vient à l'heure de vérité pour expliquer son projet de réforme de l'enseignement privé qui se terminera comme on le sait. Il y est notamment interviewé par François-Henri de Virieu et Laurent Joffrin, le même Joffrin, qui, encore aujourd'hui, ne semble avoir rien compris.
La vidéo est sur le site de l'INA mais je ne résiste pas au plaisir d'en faire une petite retranscription, car, finalement, on y retrouve un peu le même François Bayrou que l'on connait aujourd'hui. Celui que l'on critique pour quelques erreurs passées mais dont on a oublié la franchise. Celui qui explique clairement les choses et qui convie tout le monde à aller de l'avant.
La vidéo est sur le site de l'INA mais je ne résiste pas au plaisir d'en faire une petite retranscription, car, finalement, on y retrouve un peu le même François Bayrou que l'on connait aujourd'hui. Celui que l'on critique pour quelques erreurs passées mais dont on a oublié la franchise. Celui qui explique clairement les choses et qui convie tout le monde à aller de l'avant.
François-Henri de Virieu : J'aimerais que vous expliquiez.
François Bayrou : C'est dédramatiser toute cette affaire. La loi Falloux, tout le monde en parle, personne ne l'a vue. Alors, moi je vais vous montrer ; la loi Falloux, c'est ça. C'est un quart de page, normale. C'est la photocopie du texte prêt pour le journal officiel. Voilà , la loi Falloux, c'est ça.
Il montre la feuille A4 bien en évidence.
FB : et sur ce quart de page...
Il est interrompu par François-Henri de Virieu sur un point de vocabulaire.
FB : Oui, ce qu'on appelle dans l'opinion la "loi Falloux", la révision...
FHdV : La loi Falloux révisée
FB : Sur ce quart de page, on a déposé près de 6466 amendements.
Gros plan sur Laurent Joffrin qui baisse la tête la main dans sa barbe.
FB, toujours brandissant sa feuille : Ca veut dire près de 200 amendements par ligne. On discuté sur ce quart de page 49 heures et 10 minutes.
FHdV : A l'assemblée.
FB : A l'assemblée et au sénat. Car ce que...
François-Henri de Virieu et Laurent Joffrin se mettent à parler en même temps.
FB : En effet, sur ce...
LJ : pourquoi est-on toujours en train d'en parler aujourd'hui ?
FHdV : pourquoi est-ce que Mr Barre demande à ce qu'on refasse un débat ?
LJ : pourquoi est-ce que Mr Chirac s'est distingué de vous, par exemple ? pourquoi est-ce que l'épiscopat a dit que l'on avait été trop vite ? Pourquoi... enfin, il y a mille...
FHdV : Est-ce que le débat a eu lieu dans le pays ? Est-ce que le débat...
FB : Je vous répondrai quand vous aurez fini !
LJ : Je vous pose des questions, vous répondez après.
FB, souriant : Bien ! Vous avez fini maintenant ? Très bien, alors on va pouvoir y aller. Alors c'est très simple, parce que les peuples ont la mémoire courte, et les hommes aussi.


Commentaires
Une explication en profondeur de tout ce sujet serait ensuite souhaitable, afin de rétablir la vérité. Tous les opposants à Bayrou, de droite comme de gauche, utilisent à tort et à travers cet épisode pour le discréditer aujourd'hui, et tout et n'importe quoi est dit. Je crois avoir vu M.G. Buffet dire "en 1994 il a essayé de donner plus d'argent à l'école privée qu'à l'école publique". C'est grave, ça va loin, ça mérite un travail de fond, objectif et honnête.
Selon moi, la modification proposée était mineure, permettre aux collectivités locales de participer à l'entretien des bâtiments de l'enseignement privé, de manière facultative, donc si ces collectivités le décidaient. Ce qui est déjà pratiqué par nombre d'entre elles par des moyens autres. Bref selon moi, la modif ne cassait pas trois pattes à un canard.
La grande erreur de Bayrou, dans un contexte de guerre d'opposition, a été de passer le texte en force sans communication de fond préalable. Bref 1 million de personnes dans la rue, c'est important parce que je pense que c'est un moment fondateur de l'évolution de Bayrou jusqu'à aujourd'hui, il a compris qque chose ce jour-là , et il en parle d'ailleurs dans l'émission A vous de juger en février 2007 (sauf erreur de ma part).
Mes salutations
Cet épisode du passé de Bayrou revient épisodiquement dans la bouche des uns et des autres un peu à la manière d'une tradition orale qui évolue au fil des années.
Je ne compte même plus le nombre de personnes qui disent qu'il a voulu "supprimer la loi Falloux" alors que celle-ci allait justement, à l'époque, dans le sens des attentes du clergé ! Et je ne parle même pas de l'immense majorité qui ne sait même pas que cette loi n'est plus en vigueur et que seuls certains de ses principes sont restés en vigueur dans le code de l'éducation.
C'est aussi ça "la mémoire courte".
Je ne sais pas s'il faut en arriver à une explication détaillée de cette affaire. J'ai ici juste voulu rappeler que déjà en 1994 les gens parlaient de ce sujet sans probablement savoir de quoi il en retournait exactement. Et, effectivement, il n'y a pas de quoi en faire tout un plat car, aujourd'hui, les dépenses de l'état et le contrôle de l'enseignement pour un élève du public ou pour un élève du privé sous contrat sont quasiment identiques. Il suffit pour s'en persuader d'aller lire les articles L442 du code de l'éducation.
L'épisode malheureux de 1994 a surtout été un problème de méthode que Bayrou a effectivement confessé a maintes reprises.