L'homme du passé
Par Oaz » 3 mai 2007, 22:46 - Sicap
Les sondages nous le montrent : Sarkozy est l'idole des vieux. Cela se vérifie sur le vote par classe d'age où les trois-quarts des 65 ans et plus votent Sarko. Cela se vérifie aussi sur le vote par catégorie socio-professionnelle où les retraités font le même choix à 63%.
On peut analyser ce vote sous l'angle désormais classique de "l'ordre et la sécurité" de celui qui regarde trop TF1. On peut aussi éventuellement l'analyser sous l'angle d'une certaine rémanence d'un Gaullisme que n'ont réellement vécu que les personnes les plus agées. Pourtant, si on y regarde de plus près, ce Sarkozy, même s'il prétend redonner de la vigueur au pays en mettant en avant la "valeur travail" (qui est, par définition, un message en direction des actifs), n'en défend pas moins des mesures économiques qui profiteront in fine au coeur de son électorat.
On peut analyser ce vote sous l'angle désormais classique de "l'ordre et la sécurité" de celui qui regarde trop TF1. On peut aussi éventuellement l'analyser sous l'angle d'une certaine rémanence d'un Gaullisme que n'ont réellement vécu que les personnes les plus agées. Pourtant, si on y regarde de plus près, ce Sarkozy, même s'il prétend redonner de la vigueur au pays en mettant en avant la "valeur travail" (qui est, par définition, un message en direction des actifs), n'en défend pas moins des mesures économiques qui profiteront in fine au coeur de son électorat.
Pour quiconque travaille (ou voudrait travailler) et veut profiter honnêtement des fruits son travail, deux mesures phare du programme de Nicolas Sarkozy devraient sauter aux yeux.
La première est la possibilité de déduire les intérêts d'un emprunt immobilier du revenu imposable. La première chose qui vient à l'esprit lorsque l'on évoque l'emprunt immobilier, c'est le jeune couple, qui "entre dans la vie" et veut "s'installer" (alors que l'achat de son logement n'est même pas forcément la meilleure option), avoir des enfants, etc. Mais c'est devenu impossible, avec le début de la vie professionnelle et les impôts à payer, l'immobilier trop cher et les taux qui remontent ! Super-Sarko a LA solution : les intérêts de l'emprunt seront déductibles des impôts et, pour ceux qui n'en payent pas beaucoup, il y aura un crédit d'impôt. Où est le problème ?
Le problème est simple à comprendre : actuellement il n'y a pas, en France, assez de logements. Donc la demande est supérieure à l'offre, donc toute injection d'argent public dans la demande (en l'occurrence sous forme d'avoir fiscal) ne fera qu'augmenter cette demande et, automatiquement, augmenter les prix. Beaucoup de gens sont déjà prêts à faire de tels efforts pour devenir "propriétaire" que tout avantage donné par l'état ne va pas les freiner. Quelle est la "mécanique" d'achat de monsieur-tout-le-monde ? En fonction de ses revenus, il regarde ce qu'il peut rembourser chaque mois et, à partir de là, calcule la somme qu'il peut emprunter. La réduction ou le crédit d'impôt va inévitablement se transformer en je peux emprunter plus et donc je peux acheter quelque chose de "mieux" ("mieux" ne signifiant pas forcément "de meilleure qualité" mais presque surement "plus cher").
Au bout du compte, la mesure fiscale profite surtout aux vendeurs et le peu de gain qu'elle peut apporter à l'acheteur n'est même pas réservé aux primo-accédants !
Qui sont les vendeurs ? Une part non négligeable d'entre eux sont les personnes "agées" qui, après une vie de travail, vont profiter d'une retraite bien méritée au soleil ou à la campagne. L'immobilier comme nouveau système de retraite par répartition, il fallait y penser...
En ce qui concerne les éventuels points positifs d'une telle mesure, le seul à en convenir est l'incroyable Michel Mouillart, spécialiste autoproclamé de l'immobilier : "si ce dispositif vient en plus de ce qui existe déjà, alors c'est positif pour le secteur immobilier". Ce qui est rigoureusement exact : toute augmentation des prix sera bénéfique pour tous les professionnels de l'immobilier.
Par ailleurs, je conseille la lecture sur Cotation immobilère d'une analyse de l'omniprésente participation de ce fabuleux Mouillart et de ses prises de positions depuis 20 ans pour favoriser le soutien artificiel du secteur immobilier par l'état.
L'autre mesure que je veux ici mettre en avant est l'abolition des droits de succession. Là encore, la première chose qui vient à l'esprit est que cette mesure est "pour les enfants" puisque ce sont eux qui héritent et ont à payer ces fameux droits de succession. Consciemment ou pas, personne ne semble se poser la question de l'age de ces enfants... Pourtant, un simple coup d'oeil à l'espérance de vie des français suffirait à conclure qu'une personne qui décède à 80 ans et qui a eu ses enfants entre 20 et 30 ans, laisse des héritiers qui ont entre 50 et 60 ans. Si, en plus, on considère que l'épouse, qui vit plus longtemps, est propriétaire du bien immobilier et qu'elle a eu ses enfants autour de 20 ans (ce qui était la norme au milieu du siècle dernier), on se retouve avec une ribambelle d'héritiers-retraités à la soixantaine bien entamée.
Si l'on excepte ces légers détails, la suppression des droits de succession est "pour nos enfants"...
Une remarque en passant : "les vrais libéraux sont pour les droits de succession, les conservateurs, contre". Où est donc caché le libéral Sarkozy avec sa "valeur travail" lorsqu'il défend les intérêts fondamentaux du capital ?
Maintenant que l'on a bien saisi les effets des 2 mesures, on peut les combiner. Sans vouloir creuser le sillon de la fracture inter-générationelle, les choix de Sarko auront pour principal effet de permettre aux papy-boomers d'hériter en toute tranquilité d'une multitude de biens immobiliers et de les revendre à des prix qui n'auront jamais été aussi forts. Tout ça, parait-il, pour le bien de leurs enfants qui travaillent...
En ce week-end d'élections, j'invite tous les jeunes et moins jeunes allant rendre visite à leurs parents néo-retraités, ou en passe de l'être, à expliquer pourquoi, s'ils tiennent vraiment à leurs enfants, il ne faut pas mettre un bulletin Sarko dans l'urne. Quant à moi, je verrai aussi mes parents ce week-end mais je n'aurai pas besoin de raconter tout ça : ils savent déjà que l'élection de cet homme du passé ne présagerait rien de bon pour notre avenir.