Le MoDem à Castanet-Tolosan : entre rassemblement, tensions et espoirs d'évolution
Par Olivier Azeau, le 8 juillet 2007, 15:25 - Sicap
- Lien permanent
-
François Bayrou en est, comme il le dit lui-même, à son 3ème tour de France après celui des présidentielles et celui des législatives. C'est à cette occasion que les adhérents MoDem du sud-ouest se sont retrouvés hier à Castanet-Tolosan, près de Toulouse. Ce fut pour moi l'occasion de me reconnecter un peu avec le mouvement suite au relatif silence qui a fait suite aux élections législatives.
Premier constat : l'été semble bel et bien avoir commencé. Le gymnase Jean Jaurès avait une allure de sauna géant où s'étaient régroupées environ 500 personnes. Certaines personnes avaient retardé leur départ en vacances pour l'occasion, d'autres les avaient même interrompues. Et dans cet endroit déjà surchauffé, il n'en fallu pas beaucoup pour constater un échauffement supplémentaire : celui du débat.
François Bayrou savait, je pense, à quoi s'attendre quand il se mit (avant même que quelques invectives apparaissent) à ironiser sur les gens du sud qui, bien sûr, étaient intelligents et n'allaient pas s'enliser dans des querelles stériles...
Le problème - car cela en est un - est que cette tension est une des principales réalités du MoDem d'aujourd'hui. Il y a des personnes qui ont un passé UDF que l'on ne peut gommer et il y en a d'autres qui arrivent avec une vision un peu différente que l'on ne peut ignorer. C'est un peu comme vouloir souder un bloc de glace à la vanille (de couleur blanche) et un bloc de glace à la fraise (de couleur rose) : il va bien falloir que chacun des blocs fonde un peu, au moins à la surface. Les nouveaux venus ont indubitablement un historique de "gauche". Si l'on y réfléchit 2 secondes, il n'y a rien de plus logique : l'UDF, parti de centre droit, a, en se recentrant au travers du MoDem, attiré les gens les plus à même de réaliser cet équilibre centriste.
En Haute-Garonne, cette réalité me semble palpable. Les résultats électoraux sont là pour le montrer. Le grand chelem du PS doit beaucoup au report des voix MoDem. Certains argumenteront que cela était dû à une volonté nationale de rééquilibrage des forces. Certes il ne faut pas ignorer ce facteur mais il ne faut pas non plus le considérer comme l'alpha et l'omega de l'explication du résultat du dernier scrutin.
Il faut donc composer avec cette réalité. François Bayrou a lancé des recommendations à peine voilées en ce sens. Plus le mouvement démocrate sera unitaire (par opposition à une confédération de partis), plus il sera satisfait. Moins on parlera de classification "centre droit", "centre gauche", plus on pourra avancer vers une définition de ce qui nous rassemble. Il suggère de ne désormais parler que des 3 forces politiques majeures de notre pays en utilisant les termes suivants : "les socialistes", "les démocrates", "les conservateurs". Puisse-t-il être entendu.
La prochaine échéance majeure du MoDem, ce sont les Assises de la démocratie, à la mi-septembre. Je n'avais pas jusqu'alors prêté attention au choix du lieu (la station balnéaire de Seignosses dans les Landes) et de la date mais, après en avoir discuté avec quelques adhérents MoDem, il semble effectivement que ce choix là pourrait ne pas être du meilleur goût. En prenant la décision d'aller passer quelques jours au bord de la mer en septembre à un moment où la plupart des gens ont repris le travail et ne peuvent que difficilement se libérer pour 4 jours (et je ne parle même pas du coût), n'y a-t-il pas un risque pour le tout nouveau MoDem de s'éloigner d'une base populaire naissante ?
Cela laisse malheureusement un arrière goût de conservatisme UDF-isant.
Pire, la vie locale du MoDem en Haute-Garonne, organisée à juste titre par les structures UDF en place, ne fait pas grand chose pour gommer cette impression. Le fonctionnement très hiérarchisé et découpé par circonscription législative n'aide pas à cela. Seule la 3ème circonscription donne l'impression d'être en vie. Pour le reste, tout se passe comme si la moindre discussion ne pouvait être effectuée que à travers l'encadrement UDF qui, c'est le moins que l'on puisse dire, ne montre pas un empressement démesuré à donner corps à un nouveau mouvement. A la seule suggestion qu'un adhérent d'une circonscription puisse participer à une réunion d'une circonscription voisine, c'est la levée de boucliers genre "mais vous n'y pensez pas ! on est organisé en circonscription" (personne n'a prononcé ces mots là , mais l'idée y est).
Pour ceux qui ne connaitraient pas la Haute-Garonne, je vis à Roques dans la 7ème circonscription, en bordure de la 6ème. En termes d'urbanisme, pour ne parler que de ça, je partage certainement beaucoup plus de préoccupations avec les habitants de Villeneuve-Tolosane, Frouzins ou Muret, eux aussi proches de l'A64, l'autoroute qui draine le sud ouest toulousain vers la métropole régionale. Mais eux ils sont de l'autre côté du mur de Berlin : dans la 6ème. Devrais-je donc en être réduit à participer au MoDem à travers le prisme d'un découpage électoral obsolète ?
Je n'ose même pas suggérer l'idée qu'il serait temps de repenser cette organisation locale. Je passerais, au mieux, pour un gênant trouble fête et, au pire, pour un dangereux gauchiste... Je suis d'ailleurs curieux de voir ce qu'une telle organisation va bien pouvoir donner pour les prochaines échéances électorales : 4 des circonscriptions du département (2ème, 3ème, 5ème et 6ème) sont chacune constituées d'un petit bout de la ville de Toulouse et d'une partie non négligeable de communes avoisinantes.
Sclérose. C'est le seul mot qui me vient à l'esprit en regardant l'UDF locale. Hier soir, au hasard de conversations, j'ai ainsi pu entendre qu'on "fonctionne trop en réseau" ou que "pour les statuts du MoDem, on va se baser sur ceux de l'UDF ; pourquoi vouloir reinventer des statuts ?".
Pour l'aspect réseau, je peux comprendre que de trop nombreuses initiatives générant autant de communications désordonnées ne soient pas du meilleur goût pour des personnes habituées à une organisation plus hiérarchique. Ce qui me dérange c'est que la seule réponse qui est apportée c'est de renforcer la hiérarchisation là où il y aurait une opportunité pour canaliser des réseaux qui sont autant de forces vives providentielles.
L'analyse des MoDemistes 4.0 sur un fonctionnement en Magma est, décidemment, plus que pertinente :
Nous constatons la présence de deux types de populations :
1 - les sympathisants et militants, d'une part, interessés entre autre par le débat d'idée, la propagation de l'information, la construction d'un appareil non dogmatique, peu ou pas intéressés par un mandat électif "externe", sensibles à la reconnaissance "interne" par leurs pairs, le "magma"
2 - les candidats à un mandat électif, prêts (et demandeurs) de lutte de pouvoir, ayant en quelque sorte vocation à la politique professionnelle, donc financièrement intéressés (même si l'argent n'est pas nécessairement leur motivation principale).
Faire rentrer ces deux population dans la même organisation communicante tient de la quadrature du cercle : les premiers cherchent à faire circuler l'information, les seconds à la maîtriser (voire la capter), les premiers ont un fonctionnement qui pour être riche doit s'affranchir des idées reçues, de toute barrière et de tout dogme, les seconds cherchent à convaincre, à être respectés, à imposer le dogme justement.
Pour terminer sur une note positive, j'ai quand même beaucoup plus apprécié les discussions avec quelques adhérents ou sympathisants que j'ai pu avoir et qui se sont poursuivies avec certains jusqu'à la nuit tombante. L'attachement à François Bayrou y est tout aussi présent que la vigilance vis à vis des "cadres" locaux dont on ne sait jamais s'ils partagent le même attachement ou s'il ne sont pas enclins à rejoindre l'UMP par simple stratégie personnelle.
François Bayrou a en effet affirmé que, lors du 1er tour des élections municipales, il devrait y avoir une liste MoDem dans toutes les villes d'environ 10000 habitants et plus, quitte à ce que cette liste fusionne (seuil à 5% des exprimés) ou se maintienne (seuil à 10%) au 2nd tour. Les ambitions individuelles non compatibles avec cette démarche ne devraient pas avoir leur place au MoDem.
A ce jour je n'entrevois que 2 scénarios pour les 12 mois à venir. Soit l'UDF redevient l'UDF qu'elle a souvent été, soit une nouvelle donne, mue par des anciens et des nouveaux qui alimentent le mouvement impulsé par François Bayrou, parvient à s'imposer et pérennise le MoDem.


Commentaires
billet fort intéressant et dont je partage quelques opinions.
Sauf celles ci:
- Il n'y a pas que la 3è qui est dynamique... De plus, les jeunes bougent beaucoup (comme d'habitude) même s'ils sont insuffisamment présents à la fédé
- Les circonscriptions risquent d'être redéssinés notamment la 5... On devrait finir à 10.
- j'ai toujours milité où je voulais quand je voulais pour la simple et bonne raison que nous sommes moins nombreux que le PS et l'UMP... Alors si l'envie vous vient de travailler avec un groupe de jeunes (et de moins jeunes qui viennent avec nous), vous êtes, come tout le monde, le bienvenu.
Bien à vous
C'est bien la première fois qu'on me donne du "monsieur" sur un blog. Je sais bien qu'à 36 ans je viens tout juste de passer la limite fatidique pour être chez les "jeunes", mais quand même !
Pour ce qui est de la 3ème circo, je pensais surtout à l'aspect relationnel du dynamisme. Si les autres bougent, ils ont un sacré problème de communication pour le faire savoir (oui, je sais, les listings d'adhérents ne sont pas là mais il me semble que l'UDF 31 a suffisamment de sites web et de blogs). En fait ma crainte est un peu que le mouvement se fasse à huis clos là où des nouveaux adhérents (utopistes ?) tel que moi imaginent plutôt cela sur la place publique.
Pour le redessin des circonscriptions, ça fait au moins 15 ans qu'il est attendu... Est-ce que l'avènement du MoDem n'est pas une bonne occasion pour revoir cette structuration du mouvement ?
Et bonne continuation pour le blog "Jeune Modem" !
Il n'y a pas de limite d'âge pour tracter avec nous, pendant la campagne, j'ai autant tracté avec les "aînés" qu'avec les jeunes.
D'ailleurs, la limite d'âge devrait être rabaissé avec les nouveaux statuts à 30 ans, ce qui semblent plus cohérent.
Faire le lien entre tous les démocrates est effectivement l'enjeu du MoDem : c'est-à -dire celui de créer une communauté démocrate homogène, mue par les valeurs d'intégrité, de solidarité et de liberté.
Dans un MoDem tel que je l'imagine, il y aura un socle commun indéniable (représenté entre autres par la future charte) et les différences entre les personnes se feront non pas sur des étiquettes du passé "UDF", "Cap21", "Social démocrate" qui ne veulent plus dire grand chose mais sur des prises de position beaucoup plus personnelles.
Une étiquette, c'est à la fois essentiel pour identifier clairement un groupe et dangereux car ne reflétant qu'une partie des opinions des membres de ce groupe.
Le MoDem n'a besoin que d'une seule étiquette : "MoDem". Les membres du MoDem ont besoin de pouvoir se revendiquer d'une telle étiquette tout en affirmant des choix individuels "compatibles".
Reste à savoir si ce sera bien la décision du congrès démocrate en octobre prochain.
Les choix d'organisation se faisant entre, soit un parti démocrate unique, soit une confédération demi-mesure de partis existants.
La structuration du parti doit se faire par une discussion sur les valeurs de notre mouvement. Après 6 mois de campagne la question n'est pas de savoir si la stratégie électorale doit se porter par alliance avec l'UMP, le PS ou sur une autonomie électorale totale mais sur celle-ci : quels sont les sujets que doit promouvoir le MoDem ? C'est la question préalable avant de discuter stratégie, source de méfiance des uns envers les autres.
Pour moi ce sont principalement les choix portés par l'UDF pour la construction européenne qui m'ont fait adhérer à ce parti. Je partage les idées de Bayrou sur les clivages obsolètes, même s'il faut rester mesuré (tous les clivages n'ont pas disparu: sécurité, immigration,...). Plutot social-démocrate, je considère que d'Alain Juppé à DSK une certaine communauté de pensée existe, mais écartelée par des stratégies opposées.
Développons nos idées, c'est le coeur de nos victoires futures et surtout l'axe de la rénovation des pratiques politiques. Trop de politiques font campagnes sans avoir d'ossature intellectuelle (sans le citer Chirac,...), capables de vendre tout et n'importe quoi !
Il y a quelques mois, François Bayrou boosté par ses presque 20% aux présidentielles créait le Mouvement Démocrate (MODEM), espérant ainsi créer une grande force du centre en France.
Malheureusement, ses efforts furent vite vains puisque dans la foulée, soucieux de conserver leur place dans la nouvelle majorité, la plupart des élus UDF créait le Nouceau Centre, force de centre droit alliée à Nicolas Sarkozy pour gouverner la France.
La grande idée de centre volait donc en éclats et l'échiquier politique se formait ainsi : le Nouceau Centre au centre droit et le Modem au centre gauche.
Le MODEM a néanmoins recueilli un très grande nombre d'adhésions depuis sa création, si bien qu'il est aujourd'hui une force politique avec laquelle il faut compter.
Seulement, il est confronté maintenant à un problème structurel majeur : les nouveaux adhérents de sensibilité de centre gauche (le plus souvent des anciens symapthisants socialistes) ne supportent pas vraiment d'être 'mélangés' aux adhérents historiques UDF et Cap21, qu'ils ont longtemps combattu par le passé et dont ils ne partagent pas grand chose. Ils ont donc entrepris une vaste chasse aux sorcières envers les ex UDF et Cap21 pour les inciter plus ou moins fermement à 'quitter le navire', en d'autres termes : rejoindre le Nouveau Centre.
Les membres historiques de l'UDF ne sont donc plus vraiment chez eux et le futur congrès du MODEM pourrait leur sonner le glas.
Je pense qu'il est de notre devoir à l'Apré de tendre la main aux gens de bonne volonté qui ne se reconnaitraient plus dans les forces actuelles du centre. Notre approche de la politique qui fait la part belle à la société civile et au pragmatisme n'est pas éloignée des points de vue historiques de l'ancienne UDF et l'ouverture à de nouvelles idées & de nouveaux talents est une richesse dont nous ne pouvons nous passer.
A suivre ...
@Xav,
Quand un UMP vient dire que au MoDem, il y a une "chasse aux sorcières" envers les UDF "historiques", c'est un peu l'hopital qui se fout de la charité, non ?
Dans votre élan de générosité, n'oubliez pas de tendre la main aux chiraquiens qui, même mis au ban de l'UMP, n'ont probablement pas des points de vue très éloignés.
Des Chiraquiens, il y en a au gouvernement (Alliot Marie, Bachelot etc etc), tout comme des anciens UDF etc
D'ailleurs moi même j'étais chiraquien proche de l'udf alors tu vois ...
Ceci dit, je n'ai pas parlé de l'ump et ce n'est d'ailleurs pas le propos.
Actuellement, nous sommes dans une logique de "majorité municipale" et d'ailleurs la liste de Mr Moudenc ne présentera que peu d'UMP.
Il y aura des UDF-MODEM (je ne sais pas s'ils resteront modem d'ailleurs ...), des personnalités de gauche aussi et beaucoup de représentants de la sté civile.
Peut on savoir ce que le Modem reproche à la gestion municipale de JL Moudenc et son équipe ?
S'il présente une liste, c'est qu'il doit y avoir nombre de choses à reprocher ...
Xav.
[Oaz: suppression de publicité intempestive pour un site web]
Peut on savoir ce que le Modem reproche à la gestion municipale de JL Moudenc et son équipe ?
Pour savoir ça, il faudrait lui poser la question.
N'habitant pas à Toulouse, n'y travaillant pas et n'y allant que très peu, je ne suis pas le mieux placé pour évoquer la question.
A titre personnel je n'ai rien à reprocher à la municipalité toulousaine (si ce n'est, éventuellement, que la piste cyclable de l'avenue de Rangueil est vraiment mal fichue).
Plaisanterie mise à part, je ne crois pas que reprocher des choses à qui que ce soit constitue une attitude très positive. Je pense que les projets MoDem, à Toulouse ou ailleurs, sauront faire des propositions constructives et ne tomberont pas dans la polémique stérile.
"Plaisanterie mise à part, je ne crois pas que reprocher des choses à qui que ce soit constitue une attitude très positive. Je pense que les projets MoDem, à Toulouse ou ailleurs, sauront faire des propositions constructives et ne tomberont pas dans la polémique stérile."
J'espère bien aussi et j'espère qu'il y aura des idées pertinentes à reprendre !
Concernant les pistes cyclables comme pour le problème du tri sélectif (qui réclame des camions poubelles plus gros) la mairie de Toulouse est confrontée à un problème qui peut paraitre idiot mais qui est tout à fait concret : l'étroitesse des rues Toulousaines.
Les pistes cyclables sont un vrai casse tête et il a fallu revoir les dimensions des camions spécifiquement pour Toulouse pour le tri ce qui a un peu retardé le projet qui devrait être opérationnel sous peu, d'ailleurs.