Premier constat : l'été semble bel et bien avoir commencé. Le gymnase Jean Jaurès avait une allure de sauna géant où s'étaient régroupées environ 500 personnes. Certaines personnes avaient retardé leur départ en vacances pour l'occasion, d'autres les avaient même interrompues. Et dans cet endroit déjà surchauffé, il n'en fallu pas beaucoup pour constater un échauffement supplémentaire : celui du débat.
François Bayrou savait, je pense, à quoi s'attendre quand il se mit (avant même que quelques invectives apparaissent) à ironiser sur les gens du sud qui, bien sûr, étaient intelligents et n'allaient pas s'enliser dans des querelles stériles...

Le problème - car cela en est un - est que cette tension est une des principales réalités du MoDem d'aujourd'hui. Il y a des personnes qui ont un passé UDF que l'on ne peut gommer et il y en a d'autres qui arrivent avec une vision un peu différente que l'on ne peut ignorer. C'est un peu comme vouloir souder un bloc de glace à la vanille (de couleur blanche) et un bloc de glace à la fraise (de couleur rose) : il va bien falloir que chacun des blocs fonde un peu, au moins à la surface. Les nouveaux venus ont indubitablement un historique de "gauche". Si l'on y réfléchit 2 secondes, il n'y a rien de plus logique : l'UDF, parti de centre droit, a, en se recentrant au travers du MoDem, attiré les gens les plus à même de réaliser cet équilibre centriste.
En Haute-Garonne, cette réalité me semble palpable. Les résultats électoraux sont là pour le montrer. Le grand chelem du PS doit beaucoup au report des voix MoDem. Certains argumenteront que cela était dû à une volonté nationale de rééquilibrage des forces. Certes il ne faut pas ignorer ce facteur mais il ne faut pas non plus le considérer comme l'alpha et l'omega de l'explication du résultat du dernier scrutin.

Il faut donc composer avec cette réalité. François Bayrou a lancé des recommendations à peine voilées en ce sens. Plus le mouvement démocrate sera unitaire (par opposition à une confédération de partis), plus il sera satisfait. Moins on parlera de classification "centre droit", "centre gauche", plus on pourra avancer vers une définition de ce qui nous rassemble. Il suggère de ne désormais parler que des 3 forces politiques majeures de notre pays en utilisant les termes suivants : "les socialistes", "les démocrates", "les conservateurs". Puisse-t-il être entendu.

La prochaine échéance majeure du MoDem, ce sont les Assises de la démocratie, à la mi-septembre. Je n'avais pas jusqu'alors prêté attention au choix du lieu (la station balnéaire de Seignosses dans les Landes) et de la date mais, après en avoir discuté avec quelques adhérents MoDem, il semble effectivement que ce choix là pourrait ne pas être du meilleur goût. En prenant la décision d'aller passer quelques jours au bord de la mer en septembre à un moment où la plupart des gens ont repris le travail et ne peuvent que difficilement se libérer pour 4 jours (et je ne parle même pas du coût), n'y a-t-il pas un risque pour le tout nouveau MoDem de s'éloigner d'une base populaire naissante ?
Cela laisse malheureusement un arrière goût de conservatisme UDF-isant.

Pire, la vie locale du MoDem en Haute-Garonne, organisée à juste titre par les structures UDF en place, ne fait pas grand chose pour gommer cette impression. Le fonctionnement très hiérarchisé et découpé par circonscription législative n'aide pas à cela. Seule la 3ème circonscription donne l'impression d'être en vie. Pour le reste, tout se passe comme si la moindre discussion ne pouvait être effectuée que à travers l'encadrement UDF qui, c'est le moins que l'on puisse dire, ne montre pas un empressement démesuré à donner corps à un nouveau mouvement. A la seule suggestion qu'un adhérent d'une circonscription puisse participer à une réunion d'une circonscription voisine, c'est la levée de boucliers genre "mais vous n'y pensez pas ! on est organisé en circonscription" (personne n'a prononcé ces mots là, mais l'idée y est).
Pour ceux qui ne connaitraient pas la Haute-Garonne, je vis à Roques dans la 7ème circonscription, en bordure de la 6ème. En termes d'urbanisme, pour ne parler que de ça, je partage certainement beaucoup plus de préoccupations avec les habitants de Villeneuve-Tolosane, Frouzins ou Muret, eux aussi proches de l'A64, l'autoroute qui draine le sud ouest toulousain vers la métropole régionale. Mais eux ils sont de l'autre côté du mur de Berlin : dans la 6ème. Devrais-je donc en être réduit à participer au MoDem à travers le prisme d'un découpage électoral obsolète ?
Je n'ose même pas suggérer l'idée qu'il serait temps de repenser cette organisation locale. Je passerais, au mieux, pour un gênant trouble fête et, au pire, pour un dangereux gauchiste... Je suis d'ailleurs curieux de voir ce qu'une telle organisation va bien pouvoir donner pour les prochaines échéances électorales : 4 des circonscriptions du département (2ème, 3ème, 5ème et 6ème) sont chacune constituées d'un petit bout de la ville de Toulouse et d'une partie non négligeable de communes avoisinantes.

Sclérose. C'est le seul mot qui me vient à l'esprit en regardant l'UDF locale. Hier soir, au hasard de conversations, j'ai ainsi pu entendre qu'on "fonctionne trop en réseau" ou que "pour les statuts du MoDem, on va se baser sur ceux de l'UDF ; pourquoi vouloir reinventer des statuts ?".
Pour l'aspect réseau, je peux comprendre que de trop nombreuses initiatives générant autant de communications désordonnées ne soient pas du meilleur goût pour des personnes habituées à une organisation plus hiérarchique. Ce qui me dérange c'est que la seule réponse qui est apportée c'est de renforcer la hiérarchisation là où il y aurait une opportunité pour canaliser des réseaux qui sont autant de forces vives providentielles.

L'analyse des MoDemistes 4.0 sur un fonctionnement en Magma est, décidemment, plus que pertinente :

Nous constatons la présence de deux types de populations :

1 - les sympathisants et militants, d'une part, interessés entre autre par le débat d'idée, la propagation de l'information, la construction d'un appareil non dogmatique, peu ou pas intéressés par un mandat électif "externe", sensibles à la reconnaissance "interne" par leurs pairs, le "magma"
2 - les candidats à un mandat électif, prêts (et demandeurs) de lutte de pouvoir, ayant en quelque sorte vocation à la politique professionnelle, donc financièrement intéressés (même si l'argent n'est pas nécessairement leur motivation principale).

Faire rentrer ces deux population dans la même organisation communicante tient de la quadrature du cercle : les premiers cherchent à faire circuler l'information, les seconds à la maîtriser (voire la capter), les premiers ont un fonctionnement qui pour être riche doit s'affranchir des idées reçues, de toute barrière et de tout dogme, les seconds cherchent à convaincre, à être respectés, à imposer le dogme justement.


Pour terminer sur une note positive, j'ai quand même beaucoup plus apprécié les discussions avec quelques adhérents ou sympathisants que j'ai pu avoir et qui se sont poursuivies avec certains jusqu'à la nuit tombante. L'attachement à François Bayrou y est tout aussi présent que la vigilance vis à vis des "cadres" locaux dont on ne sait jamais s'ils partagent le même attachement ou s'il ne sont pas enclins à rejoindre l'UMP par simple stratégie personnelle.
François Bayrou a en effet affirmé que, lors du 1er tour des élections municipales, il devrait y avoir une liste MoDem dans toutes les villes d'environ 10000 habitants et plus, quitte à ce que cette liste fusionne (seuil à 5% des exprimés) ou se maintienne (seuil à 10%) au 2nd tour. Les ambitions individuelles non compatibles avec cette démarche ne devraient pas avoir leur place au MoDem.
A ce jour je n'entrevois que 2 scénarios pour les 12 mois à venir. Soit l'UDF redevient l'UDF qu'elle a souvent été, soit une nouvelle donne, mue par des anciens et des nouveaux qui alimentent le mouvement impulsé par François Bayrou, parvient à s'imposer et pérennise le MoDem.