Le documentaire de canal+ n'a fait qu'empirer mes craintes, qui n'étaient pas des moindres.
Le constat est simple : il est identique à celui qui pouvait être fait il y a 2 ou 3 ans, période à laquelle j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la question en lisant le livre de Le Bris. Et c'est là tout le problème. Rien n'a changé, rien ne change, rien ne changera. Toujours cette immense inertie qui fait que, même quand un ministre de l'éducation nationale (au hasard, De Robien et les méthodes de lecture) tente d'impulser un changement, celui-ci est aussitôt étouffé par les corporatismes et le poids de l'habitude.

Avec la dette du pays, je crois le système éducatif est un des deux symptomes de l'oeillèrite aigue de notre pays. Nous sommes entrain de contracter une des plus grandes hypothèques que la plupart des gens vivants aient jamais connue et tout le monde s'en fout. Comme le disait si justement un des intervenants (dont j'ai oublié le nom) du documentaire : ce qui intéresse les parents d'élèves, c'est que leurs enfants aient le bac. Peu importe ce que cela signifie réellement en termes de connaissances et de niveau culturel.

Et ma réunion de rentrée avec les enseignants ? Pas de quoi jubiler.
Des efforts louables ont été faits. Je crois que la généralisation du double niveau CP/CE1 pour toutes les classes avec progression commune est une bonne expérience. D'autant que s'y superpose une partie "décloisonnée" (comprendre : avec, potentiellement, un autre enseignant) en français, organisée en groupes "de besoins" (dire "de niveau" aurait été inacceptable...). On verra à l'usage.

Mes interrogations portent plutôt sur les méthodes utilisées. Ribambelle pour le français et Picbille pour les maths.

L'enseignante qui nous a présenté leur approche commune pour l'apprentissage de la lecture n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. A un moment, j'avais vraiment l'impression d'assister à un plaidoyer contre les réacs qui ne jurent que par le B-A-BA. Elles ont même poussé le bouchon jusqu'à écrire une phrase au tableau ("Viens voir les poules du couvent couvent") pour expliquer aux parents pourquoi B et A ne faisaient pas toujours BA. Bref, la méthode utilisée est une méthode globale. Ni plus, ni moins. Le seul argument positif avancé pour le choix de Ribambelle est l'utilisation de textes "d'auteurs" (avec toutefois une acceptation assez large de ce mot) par opposition à "un texte qui aurait été bricolé par un instit" (je reprends là quasiment les mêmes mots que ceux utilisés...). A côté de ça, un des derniers devoirs à la maison était de lire les jours de la semaine. Très enrichissant comme texte d'auteur ! J'ose à peine imaginer les pauvres CP qui ne savent que très partiellement associer lettres et sons en train de se constituer des moyens mnémotechniques pour retenir chacun des mots... Qu'est ce que ça va donner avec ces fameux textes ?... Surement un très bon apprentissage de l'orthographe...
Ce n'est pas le descriptif de l'éditeur qui va me rassurer quant aux points forts de son manuel : "Partir des stratégies des élèves pour les faire évoluer vers des pratiques plus expertes". Ben voyons... On va laisser un élève de 6 ans construire sa propre stratégie pour découvrir l'écriture et la lecture. Après tout, l'humanité n'y a mis que quelques milliers d'années... Comment peut-on autoriser l'existence de tels dangers ?

Pour les maths, je manque un peu de recul mais ce Picbille ne me laisse rien présager de bon, surtout quand l'éditeur m'assure "Des choix pédagogiques largement confortés par la recherche en psychologie cognitive du nombre" et que l'auteur, Remi Brissiaud est un de ces spécialistes de la pédagogie qui a trouvé naturel de monter au créneau quand De Robien a annoncé ses décisions sur les méthodes de lecture.
Je pars là aussi avec un a priori négatif et compte surveiller ça de près. De toutes façons, j'ai bien l'intention de me transformer en enseignant à temps partiel pour les points que j'estime les plus cruciaux. Le travail sur la lecture a déjà été effectué en grande section avec Léo et Léa et cette année je pense mettre l'accent sur le calcul.

Que dire de plus ? En l'état actuel je n'ai plus du tout confiance en ce système éducatif et je me prépare à faire tout ce qu'il faut pour mes enfants de manière individuelle.
Par ailleurs, je suis presque sûr d'une chose : dans dix ou vingt ans il n'y aura pas besoin de Lilly Rush pour savoir qui a tué notre école publique. Les accusés se compteront en millions. J'en ferai probablement partie, par omission, mais que faire d'autre quand la collectivité préfère fermer les yeux ?