Pédagogie en action
Par Olivier Azeau, le 20 septembre 2007, 00:35 - Sicap
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Jamais deux sans trois : je vais encore parler de l'enseignement au cours préparatoire (et quelque chose me dit que ce n'est pas la dernière fois). En ce début d'année, les devoirs à la maison consistent souvent en la lecture des fiches étudiées en classe. Ce soir, pour la troisième fois consécutive, la fiche concerne la "lecture" des jours de la semaine. J'ai essayé de creuser pour savoir comment se passait cette activité de lecture pendant la classe...
La dernière de ces fiches se présente ainsi :

Voilà donc le système éducatif français dans toute sa splendeur. On demande à des enfants de 6 ans de mémoriser des graphies de mots réduits au rang d'idéogramme et d'en déduire des associations.
J'ai demandé à Apolline si cette activité s'était bien passée.
"- Mais oui ! Je sais les lire !
- Et les autres enfants ?
- Morgane, elle ne sait pas bien lire. Elle disait jeudi mais en fait c'était mardi. Et Nassim lui aussi il disait jeudi mais c'est parce qu'il ne savait pas et qu'il fait exprès de dire n'importe quoi.
- Et la maitresse, elle disait quoi ?
- Que J ce n'est pas comme mmm" (NDLR: pas facile de retranscrire des sons...)
J'ai l'impression que cette méthode d'enseignement essaie de marcher sur la tête. Non seulement on ne donne pas les clefs de déchiffrage aux enfants en les laissant se construire leurs propres procédés d'association dont l'efficacité est forcément moins bonne que les règles connues par tous les lecteurs, mais, en plus, quand l'enfant n'arrive pas à se forger des règles qui fonctionnent, on essaie de le guider un petit peu mais sans vraiment énoncer les règles (toujours dans le fol espoir qu'il les devine par lui-même ???).
Et c'est ainsi, parait-il, que l'on procède pour que les élèves puissent rapidement avoir un vocabulaire riche qui leur permette de "lire" rapidement des textes qui ne soient pas, soi-disant, artificiels. Car c'est ça la grande lubie de ces enseignants : il faut que les élèves qui apprennent la lecture soient mis face à des textes riches sinon ça ne va pas les intéresser. Pour ces gens là, les textes que proposent les méthodes à démarrage syllabique sont "bricolés", comme le disait une enseignante lors de la réunion de rentrée, pour coller avec les quelques phonèmes que connait l'enfant au départ. Parce que, bien sûr, les textes des méthodes à départ global ne sont pas bricolés, eux. Même ceux où sévissent des séquences de mots identiques pour que l'enfant puisse quand même retenir quelques trucs. Les témoignages de parents sur la méthode Ribambelle, surtout en ce qui concerne le livre J'ai rêvé que font un peu froid dans le dos...
Apolline a appris à lire à la maison avec Léo et Léa durant son année de grande section. Alors oui, c'est sûr que avec les lettres "a", "o", "é" et "l" de la 1ère leçon, on ne lit pas grand chose et que les quelques phrases se limitent à "Léo a la ...", les "..." étant remplacés par une image de balle ou de petite voiture.
Mais cela ne dure qu'un bref instant. Dès la 2ème leçon avec le "i" et le "v" viennent les "Léo lit" et les "Léa a lavé".
A la troisième leçon, on introduit le "f", le "m" et le "u" et on découvre la véritable première histoire mettant en scène le chat Milo : "Le fumée. Mamie a vu Milo. Milo a avalé la fumée. fff...! Milo a filé".
Tout s'enchaîne vraiment très rapidement. Nous avons arrêté de suivre Apolline avant la 20ème leçon (il y en a près de 60) : c'était devenu inutile et contre-productif. Les bases étaient là et l'envie de lire toujours et encore plus de choses a fait le reste.
Je ne comprends pas comment un enfant de 6 ans pourrait ne pas être intéressé par un tel parcours. Si tel est le cas, le problème est forcément ailleurs. L'intérêt pour une activité n'est pas une question de méthode d'apprentissage. C'est vrai pour la lecture, c'est vrai pour bien des domaines.
Apprendre est difficile. Aucune activité ludique ne pourra masquer la difficulté le jour où elle se présentera. Seul l'intérêt pour le sujet d'étude peut permettre de franchir les difficultés.
En parlant d'activités ludiques, je reste stupéfait par les exercices de reconnaissance graphique proposés à la suite de l'activité de lecture. S'il faut vraiment en arriver là pour "intéresser" les élèves, je souhaite à la maitresse bien du courage...
Le troisième exercice avait d'ailleurs pour moi un air de déjà vu. Et j'ai trouvé ! Sibylle, ma 2ème fille rentre cette année en moyenne section de maternelle. Pendant l'été, après avoir épuisé les cahiers de vacances (oui, j'ai des filles très demandeuses d'activités scolaires, même pendant les vacances -- pourvu que ça dure), nous avons attaqué des activités de moyenne section "les cahiers de Martine".
Voici ce qu'on y trouve à la page 39 :

Pas grand chose à ajouter. Les exercices donnés en ce début d'année de CP sont du niveau de moyenne section... Je préfère laisser le mot de la fin à Apolline :
"- Tu as su les faire facilement ces exercices ?
- Oui. Mais la maitresse peut être qu'elle n'a jamais été maîtresse en maternelle. Elle ne sait pas qu'on y fait déjà ces exercices".


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