Indéniablement, ces dernières semaines, les occasions de rechute n'ont pas manqué.
Il y a eu la mise en place d'un comité d'investiture façon UDF pour les municipales.
Il y a eu le fol espoir de non-cumul des mandats, bien trop vite démenti par ceux qui s'en réclamaient.
Il y a eu, enfin, la mascarade de congrès où l'on a peut être trop cru en des statuts réellement novateurs. Même si certains commentateurs avisés ont pu mesurer le chemin parcouru, la pilule n'est pas passée.

Cet aspect cyclique faisant succéder des phases de déprime aux phases d'euphorie m'interpelle à plus d'un titre. Tout d'abord parce que je l'ai subi quasiment sans m'en rendre compte en retournant, à intervalle réguliers, vaquer à d'autres occupations sans la moindre pensée pour l'avenir du modem. Mais, avec le recul, je me rends compte qu'il y a également un parallèle intéressant avec mon domaine professionnel.
Il y a quelques temps, j'avais écrit un manifeste pour une organisation démocrate calqué sur le manifeste agile. Ce manifeste agile est ce que l'on pourrait appeler un courant de pensée dans le monde du développement logiciel qui en révolutionne les pratiques "traditionnelles".
Aujourd'hui, je trouve une nouvelle signification à ce parallèle :

Agile processes promote sustainable development.
The sponsors, developers, and users should be able to maintain a constant pace indefinitely.

Le lien avec l'action politique ? Les creux et les bosses ne favorisent pas l'action dans la durée. Un développement durable implique un rythme constant sur toute la durée de l'action.
Quelqu'un qui a 12 ou 14 heures par jour à y consacrer, tous les jours de l'année n'aura pas ce genre de problèmes. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que les personnes disposant de tant de temps fassent tout pour le conserver (d'où l'importance souvent accordée à un siège d'élu).
Pour les autres, les intermittents de la politique, les temps partiel de l'action publique, les choses sont beaucoup moins simples car les phases où l'on dispose de beaucoup de temps et d'énergie alternent obligatoirement avec des phases de mise en retrait.

Aujourd'hui, après avoir suivi pendant 6 mois les remous accompagnant la création d'un nouveau mouvement politique qui se voulait différent, je ne crois plus au modèle de la "politique professionnelle" pour faire avancer les choses dans un sens plus "démocratique", quel que soit la signification que chacun mette derrière ce mot.
Je crois que le modèle dominant ne changera que lorsque des millions de personnes seront devenues des employés à temps partiel de l'action politique, d'une action pas forcément très grande mais à un rythme continu. En écrivant cette phrase, je sais que je viens de faire exploser l'idéalismomètre mais je n'arrive pas à tirer une autre conclusion que celle là. Par ailleurs cette conclusion implique la disparition du professionnel de la politique, du moins dans sa forme actuelle.
Qui a besoin d'une personne réfléchissant à temps plein à l'organisation de la société avec une "puissance de calcul" limitée à son cerveau quand cette réflexion peut être distribuée sur un nombre infini de personnes ?

Je n'ai aucune idée du temps que prendra une conversion à un tel modèle d'auto-organisation (puisque c'est bien là que l'on arrive). Certains environnements sont plus en avance que d'autres. Thierry Crouzet rapporte les propos d'un Vice-Président de Google : "Nous pensons que si un individu sent que quelque chose est plus important que ce que nous lui demandons de faire, il doit pouvoir suivre sa passion".
Je suis tenté de demander la même chose pour les adhérents du mouvement démocrate. Je n'en peux plus des barrières en tout genre dressées ici ou là sous des prétextes aussi inintéressants les uns que les autres (réalisme, famille politique, avoir des élus, exercer le pouvoir, ...) Ceux qui tiennent ces propos-là ne croient pas qu'un autre modèle est possible. Ils considèrent que le modem n'est ni plus ni moins qu'un parti politique nouvellement créé grace à l'afflux de nombreux adhérents. Ils n'envisagent pas un fonctionnement différent de celui qui a été pratiqué durant des décennies.

Le modem est désormais dans le même moule que les autre partis politiques.
Alors, partir ou rester ? J'opterai pour la 3ème voie, la seule qui n'implique pas un creux définitif ou une cyclothymie perpétuelle : faire fi des barrières et agir, de l'intérieur et à temps partiel, tel un poil à gratter.