Vers une démocratie participative : communication et réduction de la fracture numérique
Par Olivier Azeau, le 10 janvier 2008, 07:39 - Sicap
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Un des aspects qui m'intéressent le plus dans la prise de position et l'action politique, c'est l'éventail de possibilités apporté par ce que l'on appelle communément les "Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication" (ou NTIC pour faire plus court).
Dans le cinquième pouvoir, Thierry Crouzet montre l'influence qu'a eu internet sur la manière de faire de la politique et rien ne permet de penser que cette influence va diminuer, bien au contraire.
Par chance, le MoDem est relativement bien placé dans cette nouvelle forme de communication. François Bayrou semble avoir pris la mesure de la chose et il a conservé pendant toute la campagne présidentielle la position officieuse de favori des internautes. A titre d'exemple, AgoraVox, un des principaux lieux de débat politique en ligne, était quasiment devenu une annexe de son site de campagne.
Aujoud'hui, que reste-t-il de tout cela ? De bonnes choses, certes : une importante communauté de bloggers, des forums relativement actifs, une naissante fédération internet du MoDem, ...
Mais le MoDem ne peut pas se limiter à un club d'internautes. Pour que la réussite soit maximale, il faut que l'implication le soit aussi. Les statuts donnent une définition relativement ouverte de la fédération internet du Mouvement (pour ne pas dire qu'ils se bornent à entériner son existence).
De mon point de vue, le terme "fédération" appliqué à ce contexte désigne l'ensemble des ressources en ligne impliquées dans le fonctionnement du Mouvement Démocrate. En aucun cas il ne peut s'agir d'une fédération de personnes. La raison est simple : si la fédération internet se fixait l'objectif de regrouper toutes les personnes du MoDem utilisatrice d'internet, elle devrait, à terme, regrouper la totalité des membres.
Certains pourraient se demander si on n'en fait pas trop. Internet par ci, internet par là ... Et tout ça sans même avoir un but précis en termes d'utilisation. Je crois qu'il y a un but évident : Internet permet de tisser les liens que la géographie rend difficile. Les usages viennent souvent après l'appropriation des outils.
De nombreux point peuvent être soulevés concernant la réduction d'une "fracture numérique" :
- l'accès à un matériel connecté à Internet
- la capacité à utiliser toute une panoplie d'outils des plus simples aux plus évolués
- l'immersion dans un contexte qui a sa propre culture, laquelle est souvent nécessaire à l'exploitation des informations
Le premier point est d'ordre géographique (la couverture internet en haut-débit) et économique (l'acquisition d'un ordinateur et l'abonnement internet). Ces aspects là , même s'ils ne sont pas à négliger, dépassent le cadre de ce texte car ils vont largement au delà du fonctionnement interne du MoDem.
Les deuxième et troisième points sont intimement imbriqués. Dans leur relation aux outils en ligne, j'ai l'impression qu'aujourd'hui se cotoient trois types d'adhérents (avec des variantes, bien sûr) :
- Ceux qui ont un usage minimal, en général limité au courrier électronique. Grace à cela, ils peuvent avoir un contact très régulier avec un faible nombre de personnes qu'ils ont généralement déjà rencontré physiquement auparavant. Le courrier électronique leur permet de se mobiliser et de se coordonner sur des enjeux locaux.
- Ceux qui ont fait la démarche d'aller vers un outil plus collaboratif ("blog" ou "forum" ou les 2). Leur cercle de contact est à peine plus élargi que ceux qui n'utilisent que le courrier électronique mais leurs échanges ne sont plus obligatoirement limités ni géographiquement, ni thématiquement. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils ne le soient pas (exemple : forum de mouvement départemental) Ces adhérents intègrent ainsi une communauté en ligne de personnes qui réfléchissent à tous les sujets qui sont du ressort du mouvement et, à l'occasion, se rencontrent physiquement.
- Ceux qui ont entièrement intégré internet dans leur mode d'action. Un faible nombre de personnes à l'échelle du MoDem que l'on retrouve sur la plupart des blogs et forums, qui souvent ont leur propre blog et qui utilisent la panoplie complète de l'internaute : réseaux sociaux (facebook...), wikis, listes de discussion, ...
Jusqu'à présent, le MoDem n'a rien fait pour accompagner ses adhérents, pour les faire progresser dans l'utilisation de nouveaux outils de communication. Tout est venu des adhérents eux-mêmes, du moins les plus "branchés". Cette effervescence ont donc eu simultanément pour effet de rendre très vivantes les communications entre un noyau d'adhérents mais simultanément de laisser de côté la grande majorité qui ne reçoit des informations que lorsque leurs instances départementales leur envoient un e-mail. Aujourd'hui le réseau humain du MoDem repose sur de nombreux noeuds qui relaient l'information selon une structure très géographique. Quand il s'agit de faire descendre une information du sommet vers les base, cela fonctionne à peu près (ou presque). Quand il s'agit d'agréger des informations venant de la base et de les diffuser, ces mêmes noeuds ne sont pas capable d'absorber la charge de communication.
Dans les faits, les différentes appropriations des outils internet créent donc des citoyens MoDems de seconde zone et ce n'est pas acceptable. Aujourd'hui, l'heure est à des élections très locales (municipales+cantonales) et les problèmes ne sont donc pas très perceptibles. A l'opposé, pour les échéances des années à venir, il sera très difficile d'intégrer une majorité de militants dans un débat très réactif sans leur avoir donné les moyens de progresser. Ce sera d'autant plus difficile que l'on ne s'y sera pas pris à temps.


Commentaires
Bonjour,
Je suis un peu étonné par cette phrase qui j'espère n'est qu'une maladresse linguistique:
"AgoraVox, un des principaux lieux de débat politique en ligne, était quasiment devenu une annexe de son site de campagne"
AgoraVox n'est rien d'autre qu'un thermomètre des humeurs du Net a un moment donné. Au moment de la présidentielle, l'ancienne UDF avait une excellente cote sur le net et donc chez nous. C'est déjà beaucoup moins vrai maintenant. Et demain, ce sera peut-être différent.
Inutile de rappeler qu'AgoraVox n'a AUCUN lien ni avec le modem, ni avec aucun autre parti ou mouvement politique. C'est toujours utile de le préciser pour ceux qui ne connaissent pas le site.
Oui, Carlo. Il vaut mieux effectivement le rappeler.
Ce n'est absolument pas une maladresse linguistique : j'utilise l'imparfait "était". Mon propos ne porte que sur la période de la présidentielle. Ce n'est bien sûr plus le cas aujourd'hui.
Ton analyse est assez juste mais fait état d'un problème de société, en général.
Internet est un outil, et une passion pour certains.
Il y aura donc toujours un système à 2 vitesses.
C'est un peu comme le petit et le grand bassin à la piscine.
Je reste persuadé que si on a un peu de temps il faut se jeter à l'eau.
Mais un bon moniteur, ça aide.
Pourquoi pas, effectivement, proposer un accompagnement à ceux qui veulent mais ne savent pas.
N'oublions pas, non plus (et même si ça tend à se raréfier) qu'il existe encore des gens sans haut débit (surtout dans nos campagnes) et bien sur des gens sans ordi...
Certains aspects sont effectivement un problème général de société : avoir un ordinateur, avoir le haut-débit, savoir effectuer des taches basiques (envoyer un email...)
Il y a toutefois un niveau d'utilisation, celui de la communication à grande échelle, celui du peuple des connecteurs pour qui la barrière culturelle vis à vis de l'utilisation d'internet est plus cruciale que pour d'autres domaines. L'exercice de la démocratie, je crois, en fait partie. A ce titre, je pense que les besoins de maitrise de ces usages sont plus vitaux pour un mouvement politique que pour d'autres organisations.
Mais, comme tu le dis, un bon moniteur ça aide. De bonnes structures qui intègrent cette dimension internet autrement qu'à la marge, ça doit aider aussi.