Imaginons un texte auquel des milliers de personnes veulent apporter leur contribution et dans lequel elles souhaitent, au final, voir une concrétisation de leurs envies. Peu importe la nature du texte, cela peut tout aussi bien être un projet de société ou le règlement intérieur d'une association. Compte-tenu du grand nombre de personnes, la démarche traditionnelle ira vers la sélection d'un petit nombre d'entre eux qui puisse travailler ensemble "à échelle humaine", ce que l'on peut résumer à "se réunir dans une salle et pouvoir raisonnablement donner la parole à tout le monde". Les personnes sélectionnées peuvent l'être sur divers critères mais ce que l'on va retrouver la plupart du temps, ce sont des élus, des personnes choisies par l'ensemble des autres, des représentants.
C'est une façon de faire. Elle fonctionne depuis très longtemps et a des qualités. Elle a aussi des défauts : quand l'autonomie est donnée à des élus, l'ensemble des autres personnes ne retrouve le plus souvent leur mot à dire que lors de l'approbation finale d'un texte qui a été conçu hors de leur contrôle.

Imaginons à présent un vaste étendue faite de creux et de bosses et sur laquelle roule une bille. Cette étendue, c'est le champ des possibles pour le texte que tout le monde souhaite. La bille, c'est le texte que l'on rédige. Les creux, ce sont les points d'accord, plus le creux est profond, plus l'accord est grand et plus il fédère les individus. Les bosses, ce sont les désaccords. La bille n'y reste jamais bien longtemps, puisqu'elle roule vers les endroits les plus stables mais le passage y est quelquefois obligé pour passer d'un accord relativement faible, un petit creux, à un accord bien plus profond.

Le problème est très simple : comment trouver le creux le plus profond et comment y faire venir la bille ? Il n'a pourtant pas de solution immédiate : ce n'est qu'en favorisant l'exploration des possibilités que l'on peut se rapprocher du meilleur résultat. C'est en ce sens qu'un fonctionnement représentatif atteint ses limites et qu'une démarche plus participative a le mérite de, simultanément, faire grossir l'ensemble des possibilités exprimées et mesurer leur apport.
Grace à l'utilisation des communications électroniques, il existe de nombreuses manières de mettre en place un système plus dynamique. Voici un exemple parmi d'autres avec des outils de communication électronique qui existent déjà, donc immédiatement utilisable. Il comporte 3 phases :

  • Identification des groupes souhaitant participer.
    Le nombre de personnes constituant le groupe est libre (on peut faire un groupe en étant tout seul) et le poids du groupe lors des prises de décision est proportionnel à sa taille.
    Chaque groupe doit disposer d'une identification pour toutes les communications (adresse email) et d'au moins une personne capable d'être l'interface, via internet, avec l'ensemble des autres groupes.
    L'identité de la ou les personnes d'interface est publique.
    Le fonctionnement interne de chaque groupe est libre.
  • Construction et soumission de propositions.
    Chaque groupe soumet des propositions à l'ensemble des autres groupes. Un système de liste de diffusion garantit un envoi à tous les groupes numéroté et ordonné chronologiquement des propositions.
    Chaque groupe a un délai (exemple : 10 jours à partir de la date d'envoi de la proposition) pour émettre un vote (pour ou contre) sur chaque proposition à travers une seconde liste de diffusion.
    Chaque vote est pondéré par le nombre de personne du groupe.
    Par ailleurs, tout autre moyen (réunions physiques, emails, forums électroniques, ...) peut être utilisé de gré à gré pour discuter les propositions.
    Quand arrive l'expiration du délai pour une proposition si la proposition est acceptée, son contenu est appliqué au texte de référence qui est maintenu sur un site facilitant l'écriture collaborative de textes (wiki). Cette mise à jour du texte de référence est réalisée par le groupe auteur de la proposition.
    Les modifications sont effectuées dans l'ordre où ont été émises les propositions.
    Si la proposition est refusée, elle est archivée au titre des amendements possibles sur le texte final.
    Les archives des messages envoyés sur les listes de diffusions (proposition et votes) servent de référence en cas de litige sur une modification du texte.
  • Conclusion et vote du texte final.
    A l'issue de la seconde phase, le texte obtenu sert de référence à la session pleinière qui devra voter le texte final.
    Les auteurs des propositions non retenues dans la seconde phase peuvent les soumettre comme amendements.

Un tel type d'organisation a plusieurs mérites :

  • Le nombre de participants n'a quasiment aucune limite.
  • Toutes les informations permettant de constituer un texte sont publiques, le texte comme les votes.
  • L'adhésion ou le rejet que suscite chaque proposition est rapidement connu.
  • Quelqu'un souhaitant participer anonymement peut le faire en intégrant un groupe.
  • En automatisant certaines opérations (décompte des votes pondérés, ...), on peut gagner un fluidité.
  • Rien n'est formellement acquis avant la délibération finale : les phases antérieures servent seulement à constituer un texte très proche des souhaits du plus grand nombre.
  • En rajoutant quelques règles d'inertie en fonction de l'avancement du débat, on peut dissuader les opérations visant à générer du blocage (flux intempestif de propositions). Exemples :
    • Possibilité pour les groupes de se rassembler en groupes plus larges (ce regroupement étant irréversible)
    • Taille minimale pour les groupes qui peut augmenter au fil du temps (plus on se rapproche de la fin de la seconde phase, plus on limite le droit de proposition et de vote aux groupes les plus grands)

Un tel type de fonctionnement n'a rien d'exceptionnel. Aujourd'hui, une encyclopédie en ligne comme wikipédia est écrite collaborativement par des milliers de personnes. Certes, la plupart de ses articles ne génèrent pas de polémiques mais, lorsque c'est le cas, un système de modération et de vote permet de gérer au mieux les conflits.

Pour sortir des considérations générales et se rapprocher du fonctionnement du Mouvement Démocrate, je crois que de tels outils favorisant une démocratie participative doivent être la règle. Le conseil national du MoDem gagnerait en efficacité à promouvoir de telles choses. Il y a des candidats naturels pour ce genre de collaboration : le règlement intérieur du MoDem (rappelons nous les tensions qui ont accompagné l'opacité de la rédaction des statuts) et, de manière générale, tous les textes destinés à être votés par la conférence nationale . Celle-ci, qui ne se réunit qu'une fois par an, ne pourra pas absorber l'ensemble des discussions si les textes qu'elle vote ne bénificient pas dès le départ d'une large approbation potentielle.