Même les textes fondateurs ne semblent pas satisfaire ce critère là. Normalement, tout le monde devrait se retrouver sur les statuts mais on ne compte plus les références à une imaginaire "Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle" qui n'est définie nulle part mais dont tout le monde invoque les décisions.
A quoi cela sert-il d'avoir défini des statuts ? Comment peut-on reprocher au président de la république de prendre des libertés avec la constitution française (et il n'en manquera pas au MoDem pour cela, moi y compris) et, dans le même temps, toutes proportions gardées, faire fonctionner le MoDem selon le bon plaisir de quelques dirigeants en s'essuyant les pieds sur le seul texte officiel définissant le mouvement ?

A ces questions existentielles, nombre d'adhérents répondront que l'heure n'est pas à tout ce qui pourrait déstabiliser le MoDem : il y a des élections à gagner. C'est leur droit. Pour ma part, ces élections, je n'en ai rien à f..... Ce militantisme aveugle n'a rien d'enthousiasmant. Marie-Laure l'exprime bien mieux que je ne saurais le faire.
Si c'est ça faire de la politique "autrement", il faudra m'expliquer ce qu'est faire de la politique de la même manière. Pour l'instant cet "autrement" consiste surtout à faire campagne avec une écharpe orange à la place d'une écharpe rose ou bleue...

J'en arrive même à trouver pertinentes les remarques de Koz, un blogueur relativement favorable à Sarkozy, sur le positionnement électoral du MoDem :
J’ai une aversion manifeste pour un positionnement qui n’est que la poursuite de la vieille politique sous de nouveaux atours. Une aversion certaine pour un positionnement dans lequel les alliances occupent une telle place. Notamment lorsque celles-ci ne se décident qu’avec la première certitude arithmétique des résultats du premier tour.
Il ne faut pas se voiler la face. Dans de nombreuses communes le MoDem joue la meilleure stratégie possible pour avoir des élus, peu importent les contorsions que cette stratégie exige. C'est le droit des adhérents MoDems d'agir de la sorte, mais, alors, je vois encore moins ce que j'ai en commun avec ces gens là.

Dans ce foutoir MoDemesque, il n'est pas aisé de faire ressortir une ligne directrice globale. Le Petit Grognard explique la nécessité d'un vote modéré repoussant les extrêmes mais cela reste à mon avis trop vague pour constituer une colonne vertébrale fiable.
Il y a un an, j'avançais une hypothèse quant à la bipolarisation des projets politiques. Le résultat des présidentielles l'a, en grande partie, réfutée. Même si je reste convaincu que l'opinion est, fondamentalement, sur une tendance globale tri-polarisante, je suis encore plus convaincu que le MoDem est actuellement incapable d'incarner un vote centro-démocrate mieux qu'une bonne partie du PS ou de l'UMP. Ces poids lourds, même en l'absence de projet politique novateur, sont tellement bien implantés dans le jeu politique actuel que, de mon point de vue, le salut du MoDem doit prendre un autre chemin.

Le problème de ce chemin, c'est que personne n'en connait le tracé exact. KaG Luther King fait un rêve où tous les adhérents du MoDem avancent dans la même direction et finissent par cohabiter dans un MoDem au fonctionnement collectif harmonieux. Cela ne sera certainement pas pour demain, mais même pour après-demain, je commence à avoir quelques doutes. Ce n'est pourtant pas par manque de sisyphes démocrates qui n'en finissent plus d'être en mouvement et qui nous proposent encore et encore de construire quelque chose.
Même si cela reste la meilleure chance de voir un jour un MoDem proche de ce que je l'imagine, je n'ai même pas le coeur à accompagner ce mouvement. Mes rations de motivation sont au plus bas (et je ne suis pas le seul dans ce cas). Il va me falloir encore un peu de temps pour reconstituer le stock.

Dans le fond, ma gêne vient du fait que, quel que soit l'angle avec lequel les militants abordent les choses, on retombe toujours sur un schéma connu. Personne ne s'approche de cet "autrement" tant loué.
Etre capable de "travailler avec les uns comme avec les autres" ? Mais qui, en réalité, n'en est pas capable ?
Quelle vanité faut-il avoir pour croire que le premier quidam venu, sous prétexte qu'il n'est encarté, ni à l'UMP, ni au PS et qu'il porte un pin's orange serait capable mieux que d'autres de faire travailler tout le monde ensemble, comme par magie ?
Jusqu'à présent, tout ce que j'ai pu voir comme "politique autrement" au MoDem, c'est la capacité à faire toujours les mêmes choses mais avec de nouvelles têtes. On peut maintenir une illusion pendant quelques semaines, voire quelques mois, mais les limites de ce petit jeu vont bientôt être atteintes. L'écran de fumée fourni par le calendrier électoral ne tardera pas à se dissiper.

Aujourd'hui, je suis convaincu que la croissance du MoDem passe par un changement de paradigme. Arrêter de voir le MoDem comme un "appareil" est une piste possible pour ce changement. Un appareil, par définition, cela sert à quelque chose. Le consensus actuel, c'est qu'un appareil politique sert à gagner des élections.
Et si faire de la politique autrement passait par en finir une fois pour toute avec cette irrésistible envie de gagner des élections ? Il y a de nombreuses autres choses que peut faire un parti politique. Par exemple, faire émerger un sentiment collectif de vaste ampleur comme le propose Thierry Crouzet.
Quelques esprits chagrins objecteront que le seul moyen de changer les choses c'est d'exercer le pouvoir et que, pour cela, il faut passer par les élections et la conquête de ce pouvoir. Je répondrai simplement que c'est un point de vue parmi d'autres et que, jusqu'à présent, nombreux sont ceux qui ont promis un changement à travers leur exercice du pouvoir. Bien peu ont effectivement changé les choses en profondeur.
Là encore, il faut une sacrée dose de vanité pour oser croire qu'il est facile de faire mieux que les autres.

Quel que soit le sens dans lequel je tourne la question "comment faire de la politique autrement ?", je retombe inévitablement sur la même conclusion. Il n'y a pas au MoDem de surhomme capable a priori de faire mieux que les autres en conservant le schéma actuel. La seule solution c'est de casser les codes, d'essayer d'aller là où personne n'est encore allé, même si le chemin parait, politiquement parlant, complètement dingue ou suicidaire.
Mon acharnement sur le respect absolu des textes du MoDem tient de cette logique : faire fonctionner un mouvement politique qui respecte ses statuts à la virgule près, ça c'est réellement novateur dans un espace public où l'on s'accommode trop souvent de quelques arrangements avec les lois.
Peu m'importe s'il était bon pour le MoDem qu'untel puisse être investi pour les municipales car tout retard constituait un handicap électoral : le gain de l'élection n'a que peu d'intérêt à mes yeux en comparaison des contorsions acceptées.
Idem pour les suspensions/exclusions de quelques adhérents qui se réclament du MoDem sans en avoir l'investiture. Peu m'importe le tord qu'ils peuvent causer comparé au tord que le MoDem se cause à lui-même en plaçant une certaine morale au dessus du texte des statuts.

Certains critiqueront probablement mon point de focalisation sur le MoDem alors qu'un parti devrait être tourné vers "les problèmes des gens".
Là encore je répondrai qu'une telle façon de voir les choses est inexorablement liée au schéma dominant qui considère que les partis politiques sont là pour apporter des solutions aux "problèmes des gens". Personne n'ose suggérer que les mieux placés pour résoudre ces fameux problèmes, ce sont les gens eux-mêmes. Ce discours ne serait pas très vendeur d'un point de vue électoral mais il n'est pourtant pas forcément éloigné de la réalité.
La suite logique du raisonnement c'est de savoir ce qu'un parti politique peut proposer pour que les gens résolvent eux-mêmes leurs propres problèmes mais c'est un terrain bien glissant où peu de monde ose s'aventurer... Pourtant, même si ça ne ferait pas gagner des élections, ça serait intéressant.

Pour en revenir au MoDem, un autre point sensible, c'est son organisation interne. Je vois déjà poindre la sacro-sainte organisation hiérarchique avec ses généraux, ses capitaines, ses sergents et sa chair à canon. Cette organisation hiérarchique sera bien évidemment associée à un découpage géographique minutieux. Quelle innovation !
J'en ai même entendu dire que la meilleure organisation c'est celle qui est calquée sur le découpage électoral pour le scrutin considéré. Dans ces conditions, j'ose à peine proposer une organisation entièrement ouverte où, au sein des entités géographiques définies par les statuts, chacun serait libre de se regrouper avec qui il veut.
Que quelques cases soient nécessaires pour cadrer les idées et permettre à tout le monde de savoir qui fait quoi, c'est une chose. Que toutes les cases soient définies en fonction de critères à l'utilité douteuse, c'est autre chose.
Quelque chose me dit que le MoDem choisira la structuration la moins innovante possible...

Malgré tout cela, je sais aujourd'hui que je ne suis pas près de lacher le morceau. Et tant pis si je dois rester le vilain petit canard qui n'en fait qu'à sa tête. Tant pis si je ne partage cette vision des choses qu'avec moi-même.
Cela ne durera que jusqu'à l'épuisement de mes rations de motivation mais j'aurai au moins la satisfaction d'avoir agi pour pousser le MoDem dans la direction qui me semblait la meilleure.
A chacun son MoDem. Je commence à avoir une bonne idée de celui dont j'ai envie.