Va-t-on enterrer l'évaluation des enseignants après la condamnation de note2be ?
Par Oaz » 3 mars 2008, 13:58 - Sicap
Le site note2be.com qui avait mis en place un système très critiqué de notation des enseignants vient d'être condamné à supprimer toute donnée nominative. C'est une bonne chose car ce site réduisait les professeurs à de vulgaires produits que l'on aurait pu tout aussi bien évaluer sur kelkoo.fr.
Cette décision pose la question de la suite qui sera donnée à l'idée proposée par le "rapport Attali" de faire participer les élèves à l'évaluation de leurs enseignants. L'Hérétique suggère qu'Attali avait ouvert une boite de Pandore. Je ne crois pas que faire une croix définitive sur cette proposition soit la meilleure des décisions. L'évaluation des enseignants doit être repensée, notamment en termes d'atteinte d'objectifs.
Pendant mes études supérieures nous avions, à chaque fin d'année, une évaluation par les étudiants de l'enseignement dispensé au cours de l'année avec notamment une réunion où tous les enseignants et étudiants faisaient une sorte de retrospective de l'année écoulée. Cela donnait lieu à quelques vives réactions mais je crois que, au final, la qualité de l'enseignement y gagnait.
Le problème n'est donc pas tant de savoir s'il faut que les élèves évaluent l'enseignement reçu mais de savoir comment cela peut être mis en oeuvre.
Par exemple, certaines entreprises pratiquent ce que l'on appelle des évaluations "360°" où tous les interlocuteurs d'un employé (supérieur hiérarchique, subordonnés, collatéraux, clients et fournisseurs internes, ...) sont mis à contribution.
Je suis sûr que la fonction publique est capable de trouver des systèmes équivalents.
Pour terminer, je me permets de rajouter la proposition exacte du rapport Attali sur le sujet car, comme dans bien trop de cas, beaucoup de critiques proviennent de gens qui n'ont pas lu les propos initiaux. En l'occurrence, il est, je pense, utile de rappeler que personne n'a jamais parlé de "noter" les professeurs.
Évaluer les professeurs sur leur capacité à faire progresser tous les élèves.
Chaque école devra faire l’objet d’une évaluation par une autorité administrative spécialisée et indépendante du ministère, tenant compte de l’avis des usagers, de leurs résultats, de leurs évolutions à moyen terme. Ces évaluations devront être rendues publiques. L’évaluation des professeurs ne peut pas reposer uniquement sur les notes qu’obtiennent leurs meilleurs élèves ni sur l’examen d’inspecteurs. Elle doit aussi reposer sur une évaluation de leur pédagogie par leurs élèves, sur leur capacité à faire progresser chacun et sur la prise en compte des résultats scolaires ultérieurs.
Commentaires
Salut Barrejadis
Je pense que l'évaluation pour des études supérieures que les étudiants choisissent et celles des professeurs de collège par des ados contraints, n'a rien à voir.
De plus, dans l'histoire de Note2be, il s'agit d'une notation bidon et publique qui enfreint les libertés individuelles.
En dernier lieu, chaque fois que l'on me parle d'évaluation, je suis toujours perplexe sur les critères.
Il existe tout de même une inspection pédagogique, et elle ne fait pas si mal son travail : le problème, c'est qu'elle ne passe pas assez souvent, tout simplement !
Tiens cela me donne une idée.
On pourrait proposer un site de notation des élus municipaux...
@l'hérétique,
Pour note2be, on est bien d'accord. Pour ce qui est de la méthode actuelle d'évaluation, ses défauts ne se limitent pas à un problème de fréquence des évaluations. Les inspecteurs sont des personnes totalement externes qui n'ont qu'une vision bien trop partielle du quotidien des enseignants.
J'avais déjà évoqué le problème de la structuration de l'éduction nationale dans un ancien billet. Le vrai problème d'efficacité (l'évaluation n'étant qu'un outil pour l'améliorer) c'est qu'il n'y a au sein du mammouth aucune structure de management de faible granularité capable de gérer les objectifs.
@Pinocchio,
Un peu comme ce qu'a fait le Figaro ?
à Barrejadis
Oui, mais tu sais, ce sont les grosses structures qui veulent cela : elles diluent progressivement et l'innovation et la responsabilité. Dans les très grosses banques, on retrouve des phénomènes similaires.
Schumpeter a très bien analysé ces phénomènes, et il y voit une cause de la mort du capitalisme entrepreneurial.
Ce n'est pas très réjouissant. Et il a proposé des "remèdes" ?
Bof, les profs sont d'éternels élèves. Ils n'aiment pas être notés.