Centriste et Démocrate sont dans un bateau
Par Oaz » 17 mars 2008, 07:02 - Sicap
Depuis sa création, il y a bientôt un an, le MoDem a été le décor des clivages les plus variés. Beaucoup ont raconté la fracture entre les "anciens UDF" et le "nouveaux adhérents". D'autres ont remarqué l'incapacité de certains à se débarasser de leur historique d'attachement à la "gauche" ou à la "droite".
Toutefois, au cours de ces derniers mois, un clivage plus profond est apparu à mes yeux. Je n'ai pas trouvé de meilleure dénomination que "centriste" et "démocrate" pour différencier les deux préférences.
Le centriste est par essence quelqu'un qui se définit par rapport à un axe gauche/droite existant. Tous les centristes n'ont pas un parcours politique unique. Certains sont arrivés au centre en passant par la gauche, d'autres y sont arrivés en passant par la droite. En cherchant bien, on devrait en trouver qui soient passés par les deux. L'engagement du centriste auprès de Francois Bayrou peut être très récent comme très ancien. Il peut avoir vécu les multiples vicissitudes de l'UDF tout comme son adhésion au MoDem peut être son premier engagement politique.
Le centriste fonde sa plus value poltique sur sa capacité à dialoguer avec des personnes cataloguées à gauche ou à droite de l'échiquier politique. Il partage avec ses alliés potentiels un certain humanisme et il se retrouve bien souvent avec eux sur l'actuelle construction européenne. Par ailleurs, il n'apprécie pas beaucoup les choix portés par les extrêmes de tout bord.
Le démocrate est tout autant impliqué dans la voie tracée par Francois Bayrou et il a bien des choses en commun avec le centriste. Leurs parcours politiques respectifs sont souvent similaire : passage par des cases "gauche" ou "droite" ; ancienne adhésion à l'UDF ou engagement tout récent au MoDem.
Cependant, le démocrate rechigne à se positionner sur l'axe gauche/droite du centriste. Il pense qu'il faut dépasser ce clivage. Pour cela, le positionnement central ne lui apparait pas comme la panacée car il entretien, voir pérennise, l'existence de cet axe.
Le centriste et le démocrate se sont tous deux reconnus dans l'appel lancé par François Bayrou à faire de la "politique autrement" mais ils peinent à mettre en oeuvre ce changement de la même manière. Le centriste, résolument pragmatique, sait qu'un changement de grande ampleur ne peut pas se faire en quelques mois. Il pense que, pendant ce temps là, si le MoDem veut exister, il lui faut jouer le jeu politique actuel en ayant des élus à travers les meilleures alliances possibles. La position d'élu lui apparait comme seul moyen concret d'agir pour ses idées et, à travers un contact privilégié établi avec les citoyens, comme véritable porte d'entrée pour la promotion du MoDem.
Le démocrate a une vision plus absolue du futur du MoDem. Il souhaite que son mouvement soit à l'origine d'une refondation des pratiques démocratiques, d'où son appellation "démocrate". Le centriste trouve cette dénomination un peu étrange. Pour lui, les autres principaux partis sont tout autant "démocrates". Il ne ressent pas ce terme comme un élément différenciant.
A l'inverse, le démocrate pense que seule une telle identité renouvelée est à même de porter au plus haut niveau ses ambitions sur la place des hommes dans la société, loin des prises de pouvoir et des gestions d'intérêts qui ne seraient pas conclues par les citoyens et pour l'ensemble d'entre eux.
Bon gré mal gré, centriste et démocrate cohabitent au sein du MoDem. Les uns en ne perdant pas de vue la nécessité de construire dans la durée malgré leur énergie tournée vers quelques résultats concrets à court terme. Les autres en soutenant les actions menées tout en restant vigilant sur l'esprit qui préside à leur déroulement et sur le respect des engagements pris en commun au travers des statuts du mouvement.
Les futures échéances internes qui se dérouleront à la lumière de la participation du MoDem aux récents scrutins seront décisives pour établir la nécessaire cohabitation entre les diverses approches.
Tout laisse penser que l'exercice ne sera pas facile mais la survie du MoDem et les bases de sa croissance future en dépendent.
Commentaires
Voilà un billet qui va faire plaisir à Florent (et à Bayrou qui emploie lui aussi cette expression qui ne veut pourtant rien dire "démocrate"). Tu as repris mes arguments, mais en effet, "démocrate" cela ne veut rien dire au MoDem. En droit public, un démocrate, c'est beaucoup plus vaste.
En tout cas, oui je suis centriste. Et l'appellation ne changera jamais : les gens le diront toujours. Il n'y a qu'à voir sur les marchés.
Le reste, c'est du vent.
Excellent billet en tout cas. Sauf évidemment le passage sur l'élection de l'équipe. Tout le monde peut se dire "démocrate" pour faire genre "je suis un gentil ptit naïf intello de la politique". "Démocrate" est connoté plus positivement que "centriste" qui rappelle les crapauds du marais. Une élection sur un tel clivage serait absurde. On voit bien que tu te dis "démocrate". Pourtant, tes proches ont fait du bruit récemment après un vote.
Petit Grognard,
Tu remarqueras que je précise que je n'ai pas trouvé de meilleur terme pour présenter cette indéniable distinction. Cela ne veut pas dire qu'il n'en existe pas un. Propositions bienvenues.
Tu remarqueras aussi que, dans la perspective des prochaines échéances internes, j'estime qu'il faut d'une manière ou d'une autre un rassemblement sans lequel la mayonnaise ne prendra pas. Si les "démocrates" annihilent l'action des "centristes", le MoDem risque de rester déconnecté de la réalité politique. Si les "centristes" eradiquent les "démocrates", le MoDem aura toutes les chances de rester le petit parti supplétif que l'on connait aujourd'hui.
Quant à mes "proches" qui "font du bruit", je ne comprends même pas de quoi tu parles. Beaucoup de monde fait du bruit en ce moment.
ben moi je vais même aller plus loin, ( petit grognard, tu vas grogner encore plus...) j'ai vraiment l'impression que les anciens UDF, les "centristes" ont plutôt les oeillères à DROITE, tandis que les "démocrates" ont les leur à GAUCHE...
les centristes sont déçus des nouveaux "démocrates" et n'apprécient pas les alliances avec la gauche , et les démocrates sont déçus des centristes qui restent très UMP...
Bah quel boxon , tout de même...
La question est:
LE CLIVAGE SERA-T-IL UN JOUR INEXISTANT AU MODEM ?
A Ids : ce n'est pas faux dans certains endroits et pour certaines personnes. Mais pas moi : je t'assure que j'aurais pu voter à gauche sans souci. Et je ne suis pas le seul.
A Oaz : j'apprécie plus ton commentaire. ;-)
Ids,
Même s'il est possible que le MoDem ait accueilli un gros contingent de nouveaux adhérents de gauche plus attirés par l'aspect "démocrate" que le côté "centriste", je pense qu'il est dangereux de généraliser avec les gentils nouveaux adhérents démocrates de gauche d'un côté et les méchants anciens centristes UDF de droite de l'autre. Là on tombe dans la caricature qui ne fait pas avancer grand chose à mon goût et qui est loin de représenter la réalité.
En cherchant du côté des ex-candidats "Régions en mouvement", je pense que l'on peut trouver des "démocrates" qui ont adhéré à l'UDF bien avant l'existence du MoDem. Inversement, il existe aussi des "centristes" nouveaux adhérents avec un passé de "gauche" (certains d'entre eux, à Paris ou à Marseille, semblent aimer la couleur verte).
"au plus au point"
Va "ht"un dictionnaire, pourrait-on dire. ;-)
Oaz , ai-je parlé de "gentils" ou de "méchants"? C'est toi qui caricatures, là... ;)
Merci Olivier de 'recentrer' le débat avec ton article. Je pense en effet que la seule manière de construire le Mouvement Démocrate est de faire ce travail de clarification sur notre identité.
En créant le Mouvement Démocrate, François Bayrou a posé le premier jalon d'une véritable révolution dans la conception de la politique française - empreinte d'un élitisme républicain avec sa conception pyramidale de la société.
Dans le modèle républicain (selon Platon), un petit nombre d'esprits supérieurs prennent en charge l'interêt général. Il y a dans cette façon de voir une utopie dangereuse: croire qu'un individu puisse échapper à sa subjectivité pour représenter l'ensemble d'une communauté et défendre les interêts de tous.
Au contraire, le modèle démocratique intègre la pluralité des points de vue (et des interêts). Il ne prétend pas trouver un être supérieur pour nous gouverner avec sagesse. Il est axé sur l'organisation des pouvoirs et contre-pouvoirs de telle sorte que la diversité soit prise en compte.
La démocratie, même si à mon avis elle n'existe pas encore, ne repose pas sur une utopie comme la Respublica platonicienne. Elle repose sur un rapport de force bien compris et la responsabilisation des individus. Contrairement aux valeurs hierarchiques du système républicain, la démocratie attend de ses citoyens de la discipline mais aussi la capacité à s'opposer à ce qui est contre leur conscience.
C'est un combat à mener, et ce avec d'autant plus d'ardeur que le modèle républicain américain menace chaque jour de nous dominer un peu plus. Notre président en est malheureusement un symptôme flagrant.
Je ne pense pas que démocrates et centristes puissent voguer ad eternam ensemble. Un grand nombre d'anciens UDF sont des démocrates et pour eux la création du Mouvement Démocrate se place dans la continuité d'un cheminement qu'ils effectuaient bien avant même que nous, nouveaux adhérents, ayions compris le sens d'un engagement politique. Ils ont ouvert la voie, et tout naturellement nous travaillerons ensemble dans la construction du Mouvement naissant. Leur expérience et leur pragmatisme nous seront d'un grand recours.
Mais, par pitié, oublions ce concept de centrisme qui pouvait se concevoir avant que François Bayrou ait fondé le Mouvement Démocrate, mais qui, comme tu le dis si bien, se contente de rester dans l'axe d'un vieux clivage politique complètement désuet. (La différence entre les appareils politiques de gauche et de droite est superficielle. Ils sont les deux faces d'une même médaille et fonctionnent tous deux sur le même principe de l'élitisme républicain. La seule différence c'est que, pour l'un, en haut de la pyramide se trouve un PDG de multinationale, et pour l'autre un diplômé de Grande Ecole. Miracle: on peut être les deux à la fois!)
De plus, le positionnemnt "au centre" n'a rien de dynamique et entraîne un balancement perpetuel qui fait de nous un parti sans colonne vertébrale, sans projet défini, et avec un électorat "volatil".
Nous devons poursuivre le travail de François Bayrou pour une société plus juste, qui allie l'esprit d'initiative et le sens de la solidarité.
Merci encore pour ton article, qui est peut-être une clef pour sauver le Mouvement Démocrate des récifs qui nous entourent . Il va falloir ramer dans la même direction, démocratiquement!
Un petit commentairepour dire que j'étais d'accord sur cette "découpe": centriste-démocrate qui représente beaucoup plus notre parti que: "Anciens Adhérents - Nouveaux adhérents".
Je ne suis pas, par contre, tout à fait d'accord, avec toi gisèle sur le :"Mais, par pitié, oublions ce concept de centrisme". Car le démocrate doit apprendre du centriste le coté "realité", le démocrate étant souvent trop "reveur" :)
Cependant, il est vrai que la position "centriste" est très difficile, car les gens prennent les centristes pour des girouettes ,un mélange de gauche et de droite mais rien de neuf.
Donc je dirais que je suis d'accord pour tout faire : pour déplacer le MODEM en dehors de cette position entre la gauche et la droite, pour montrer que le MODEM a ces propres idées, ses principes et que ce n'est pas un peu de gauche avec un peu de droite.
Mais par contre, le démocrate doit comprendre que pour changer les choses il faut aussi réussir a gagner avec les règles du jeu actuel et donc que pour cela il faut des élus pour que nos idées puissent être visible et comprises !
Enfin en ce qui concerne le fonctionnement pyramidale, le fait d'avoir un grand chef on va dire.
On ne peut pas dire que sur le MODEM soit un exemple :)
- Un chef, heu bien je crois que l'on en a un
- Des décisions prisent d'en haut, bien on a des exemple sur le choix des candidats :)
- Un fonctionnement sans trop de transparence :) on est pas mal ! :)
Moi je n'ai rien le système pyramidal, s'il est bien fait et que les responsabilités a chaque niveau sont bien définies et que le niveau du dessous peut toujours remettre en cause le niveau du dessus. Je préfère ca, a un systeme ou l'on demande toujours à la "masse" sont avis alors qu'elle est pas toujours la mieux placée pour choisir
Oui LPG je me reconnais plutôt bien dans cet article. Je pense que le terme "démocrate" n'est pas le plus heureux, mais n'ai rien trouvé d'autre pour l'instant. Je maintiens que l'UMP et le PS ne sont pas démocrates car leur discours est essentiellement démagogue (quand ce n'est pas franchement mensonger) alors que la démocratie "tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civiques de chacun" (M. Sangnier) ; et je rejoins le commentaire de Gisèle : pour diverses raisons nous ne sommes pas dans une réelle démocratie.
Pour tompap et l'équilibre interne, je l'invite à lire ce message d'un membre de ma section, Sébastien Dugauguez, que j'avais reproduit sur mon blog :
http://ataraxosphere.canalblog.com/...
@lum, c'est corrigé merci !
@florent, j'avais parlé ici même des propositions de Sébastien Dugauguez et je suis convaincu qu'elles sont plus que jamais d'actualité pour le MoDem.La distinction entre "centristes" et "démocrates" est intéressante, pour désigner les deux tendances présentes au sein du MoDem... Cela dit, par rapport aux autres formations politiques, il me semble que les adhérents du MoDem n'ont pas de raison de ne pas se considérer comme étant tous "démocrates", au sens où leur parti s'appelle Mouvement Démocrate.
Personnellement, j'utilise le terme "démocrates" pour parler des candidats et militants du MoDem dans leur ensemble, comme j'emploie le terme "socialistes" vis-à-vis des membres du PS. Pour parler de la droite, cela peut être plus compliqué, mais heureusement, il y a Sarkozy de Nagy-Bocsa, et donc des "sarkozystes"... mais il faut cependant reconnaitre que tous ne le sont pas...
Bref, comme dirait l'autre, la politique, c'est compliqué... et les étiquettes peuvent être assez relatives. Mais il faut bien trouver des noms pour désigner les acteurs en présence !
Cordialement, :-)
Hyarion.
Bonjour bonjour,
Seconde République des blogs prévue pour le 29 mars au Fer Dillon, seras tu des nôtres ?
http://republiquedesblogs.net/Toulo...
Inscris toi sur le wiki ou le blog, merci !
Bonjour,
Il semble que je fasse partie des " démocrates".
L'analyse semble intéressante mais je ne connais pas le Modem.
J'ai quand même la forte impression que l'histoire prouve que la cause des centristes est perdue. L'axe gauche-droite fait partie de l'histoire . Les exemples sont légion . Un au hasard: la Chine.
Prenez le dans tous les sens l'axe droite-gauche, profit-social, culture-base de données, contemplatif-actif, flagorneur-ours, cinema américain-cinéma français, c'est le passé.