Nicolas Sarkozy ne pouvait pas savoir que la crise du système financier lui empêcherait de tenir ses promesses
Par Oaz, le 3 octobre 2008, 01:22 - Sicap
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Je n'ai pas fait de billet sur la crise financière actuelle car je n'avais pas d'opinion réellement pertinente à développer. Je me suis contenté d'aller discuter dans les commentaires chez Hervé, chez KaG ou chez l'Hérétique.
Mais là je viens de lire un échange qui m'a fait bondir. Hervé explique que cette crise est plutôt bienvenue pour certains car elle permettra à notre président de ne pas tenir ses promesses. Un commentateur nommé "Jean-Marie" répond que c'est une sage décision de sa part que de s'adapter au contexte.
Alors, peut-on considérer que Nicolas Sarkozy agit pour le mieux ?
De deux choses l'une :
- Soit N.Sarkozy savait que de tels évènements étaient probables et il n'aurait jamais dû proposer de raser gratis. D'autres ont eu des discours bien plus réalistes (suivez mon regard).
- Soit il ne savait pas qu'un tel choc pouvait survenir et là il faut sérieusement se poser la question de son incompétence (et de celle de son entourage).
Bien sûr, il est toujours difficile de prévoir les évènements du futur avec des dates précises mais, bien avant l'été 2007 où a éclaté la "crise des subprimes", on savait que quelque chose ne tournait pas rond avec ces taux de crédit qui restaient vraiment bas et les endettements qui ne cessaient d'augmenter.
J'ai trouvé un texte de Malcom Wright datant de février 2007. Ce monsieur n'est pas n'importe qui : il est directeur général de la BRI, un organisme international qui assure la coordination entre les banques centrales.
A la lumière de tout ce que l'on raconte aujourd'hui, je trouve ce texte vraiment épatant. Tout y est : la multiplication des intervenants sur les marchés financiers, la multiplication des instruments sur ces mêmes marchés, la complexité, voire l'opacité, d'information qui en découle et les risques induits par tout cela.
Et il ne faut pas louper la conclusion :
Il ne fait aucun doute que le système financier est aujourd'hui plus résistant que ce qu'il fut dans le passé. Mais, en même temps sa capacité à absorber les récentes inquiétudes financières et les récents désordres bénins dans les marchés financiers ne devraient pas nous induire en erreur dans un faux sentiment de sécurité. En fait, il existe une certaine tension entre les risques potentiels auxquels l'économie mondiale doit faire face - comme le poids élevé des niveaux d'endettement des ménages, l'augmentation des prix de l'immobilier et les déséquilibres globaux des comptes - et le faible niveau de risque suggéré par les écarts de taux et les mesures de volatilité implicite. Le gros impact de ce que j'ai appelé le schéma de revenus "similaire à une option" dans le système financier est une préoccupation qui justifie une vigilance continue.
Permettez-moi de souligner que mes remarques de ce matin sont de nature exploratoire : elles sont destinées à soulever des questions plutôt que d'apporter des réponses. Seul l'avenir nous dira ce qu'il en est. Même si, en tant que décideur prudent, je ne peux pas m'empêcher de noter que les risques les plus insidieux pourraient se poser au moment même où les participants au marché commencent à croire que le risque, comme le cycle économique lui-même, a finalement disparu du monde économique et financier.
Alors, quelle a été la prudence de notre président qui ne pouvait ignorer cette situation ?


Commentaires
Je pense que Nicolas Sarkozy se soucie peu de savoir si ce qu'il dit est vrai ou pas.
Son seul but durant la campagne était de convaincre et de séduire pour être élu.
Peu lui importait que ce qu'il dit fût vrai.
Je pense même que cet homme a la naïveté de penser qu'il suffit de convaincre les français (y compris avec quelques petits mensonges) pour réussir à les mobiliser.
Durant la campagne de 2007, toutes les personnes un peu attentives au rythme du monde sentaient se profiler un changement profond dans nos mode de vie (écologie, nouvelles puissances économiques, discrédit de la classe politique, etc) et il a surfé sur cette vague, sans aucune conviction.
Hélas, il y a des gens pour lesquels seule la conquête du pouvoir compte, le reste ne les intéresse pas.
Salut KaG
Je pense que la plupart des acteurs politiques et économiques ont conscience qu'on est sur fil depuis longtemps. Mais, justement, ce qui m'intéresse, c'est de comprendre pourquoi avec cette conscience, ils ont pris les risques que l'on connaît.C'est d'ailleurs tout le sens du dernier billet que je viens de publier :
http://heresie.hautetfort.com/archi...
Je suis en tout cas très content que la blogosphère démocrate s'intéresse à la crise, et que nous soyons, désormais, un certain nombre à échanger et à débattre sur l'interprétation qu'il convient de donner à ces évènements.
On est 2 Olivier, l'Hérétique, mais tu t'es gouré :)
L'économie américaine repose sur le crédit.
La notre plutôt sur l'épargne.
Pour caricaturer, on pourrait dire que les Américains pratiquent à grande échelle le principe de la cavalerie.
Hors... On finit toujours par perdre à ce jeu.
Je rebondis sur la question d'Olivier: Dominique Strauss-Kahn, patron du FMI, savait-il ce qui allair arriver? Si non, il est incompétent, si oui il est irresponsable. Trêve de plaisanterie, je pense qu'aucun de nos politiques ou financiers n'avaient imaginé ce désastre. Un système de cavalerie ne s'arrête jamais si on l'entretient correctement. Alan Greenspan y a veillé. Quelqu'un a du merder dans ce système...
Je ne sais pas ce qu'à fait DSK au FMI et je n'ai d'ailleurs jamais dit que Sarkozy est le seul à avoir fait n'importe quoi.
Il y a de nombreux responsables de cette situation. KaG explique bien dans son billet d'hier les différences entre les USA et l'Europe. Mais, malgré cela, il y a, même en Europe, de nombreuses personnes qui participent à la folie de ce système : ceux qui demandent à leurs investissements de rapporter toujours plus, ceux qui croient que l'on peut vivre largement au dessus de ses moyens (en s'endettant à 33% pendant 30 ans par exemple).
Les discussions chez l'Hérétique ont mis en avant l'opacité d'un système où les informations utiles ne peuvent plus circuler. C'est un des problèmes. La responsabilité collective en est un autre. Et plus on est haut placé, plus on est reponsable. Il y a en France une mega bulle immobilière et une grande majorité de personnes se comportent comme si ce n'était pas le cas, à commencer par N.Sarkozy avec sa France de propriétaires... Hervé Chefdeville fait d'ailleurs un bon petit rappel sur le sujet.
Alors oui, c'est une évidence, Sarkozy a été grossièrement incompétent sur ce coup là.