Déflation ou Hyperinflation : les paris sont ouverts
Par Olivier Azeau, le 11 octobre 2008, 09:19 - Sicap
- Lien permanent
-
La crise financière nous réserve chaque jour son lot de surprises. Les indices boursiers jouent au yoyo. Pour l'instant, l'impact sur l'"économie réelle", comme on l'appelle, reste mineur. On peut toutefois penser qu'il y en aura forcément un car le système financier reste le moteur du financement de notre réalité quotidienne, celle des collectivités, des entreprises et des individus.
Je parle ici d'impact économique. Il y aura peut-être des impacts politiques. Certains vont même jusqu'à nous annoncer des "nouveaux ordres mondiaux". Quel que soit l'évolution de ce côté là, il y aura toujours un contexte économique qui rendra nécessaire les échanges de biens et de services sous une forme ou une autre.
Mes lectures sur le sujet sont loin d'être exhaustives mais il me semble que 2 scénarios sont envisagés par plusieurs férus d'économie : la déflation et l'hyperinflation.
Sans participer aux débats, je visite régulièrement 2 espaces de discussions où ces sujets sont abondamment évoqués et où il est possible de trouver de nombreux pointeurs pour creuser la question. Tropical Bear, le blog du déflationniste Loïc Abadie et, surtout, le forum de la bulle immobilière où de nombreux passionnés développent leurs points de vue, tels Jean Dupont, qui a quelques arguments en faveur de l'hyperinflation.
Je ne suis pas un spécialiste de ces questions (loin de là) mais le sujet me parait suffisamment intéressant pour essayer de faire ici une synthèse de ce que j'ai cru comprendre.
Commençons par l'historique récent, commun aux 2 scénarios
Il y a 1 an, la crise des "subprimes" a révélé un endettement conséquent des ménages américains dû à une bulle immobilière. Cette crise a été le déclencheur d'un assèchement des crédits : à travers divers effets de saucissonnage de dettes, il devenait de plus en plus difficile de savoir quels établissements financiers se trouvaient face à des emprunteurs qui ne pourraient pas rembourser.
Petit à petit, le phénomène s'est amplifié. On s'est, notamment, rendu compte que les USA étaient loin d'être les seuls touchés. Le manque de liquidités est désormais avéré dans une grande partie du système financier mondial. Trop de monde a vécu à crédit et il n'y a pas d'argent pour rembourser.
Pour trouver des liquidités, il n'y a pas des dizaines de solutions. L'une d'entre elles est de vendre ce que l'on a : des parts d'une entreprise, par exemple. Un afflux de vendeurs sur les marchés des actions vient de faire plonger les indices boursiers. Une autre solution, c'est de créer l'argent qui manque. C'est ce que proposent tous les gouvernements occidentaux qui veulent maintenir le système à flot à travers divers "plans" pour éviter tout faillite de banque et toute perte d'argent par les épargnants.
On est désormais certains que ceux qui en ont le pouvoir vont agir en ce sens. Même la Banque Centrale Européenne a baissé sont taux directeur pour la première fois depuis une éternité. On n'en est pas encore à déployer des hélicoptères mais ça ne saurait tarder.
Que peut-il se passer après ça ?
Scénario 1 : Hyperinflation
L'injection d'une grande quantité de monnaie, ce qui est implicitement fait lorsque les états nationalisent les banques qui ne sont plus solvables afin de garantir les dépôts, maintient le système en état de marche au prix d'un accroissement de la masse monétaire. En forçant un peu sur cette "relance" et en supposant que les biens de consommation soient au rendez-vous, les prix vont inéluctablement monter.
On ne se retrouvera peut-être pas dans un scénario du type "République de Weimar" mais le prix grimperont jusqu'à un niveau suffisant, c'est à dire celui qui permet d'effacer l'ardoise. L'argent détenu en 2008 devient de la monnaie de singe. Le système se rachète une virginité à bon compte sur le dos des créanciers, à commencer par les chinois qui ne verront probablement pas cela d'un très bon oeil et , accessoirement, sur le dos de tous ceux qui se sont le moins exposés au crédit. On peut penser que les français y ont moins eu recours que les anglais ou les américains - et je ne parle même pas des islandais.
Pour ceux qui se réjouiraient à l'idée d'un scénario "France années 70" avec les salaires qui suivraient l'inflation, je leur suggère d'y réfléchir à 2 fois. Les augmentations n'auront lieu que si la santé des entreprises le permet et -en tout état de cause- elles n'auront lieu que pour ceux qui auront encore un salaire.
Scénario 2 : Déflation
L'injection de monnaie ne produira l'effet attendu (lutter contre la déflation) que si cet argent arrive à être suffisamment distribué et s'il y a encore quelque chose à acheter. Rien ne dit que, malgré l'arrivée de liquidités, le phénomène de "credit crunch" amplifié par la "course au cash" généralisée ne bloque encore pour longtemps la circulation de la monnaie. Par ailleurs, on est loin de l'abondance de matières premières et la tendance à thésauriser semble être assez vivace.
Tout cela peut conduire à une baisse inéluctable des prix et de l'activité économique, même avec des taux au ras des paquerettes à la mode japonaise. Le spectre qui se profile à l'horizon avec un tel scénario, c'est bien évidemment la grande dépression des années 30 avec ses éventuelles conséquences politiques.
Avec un tel scénario, ceux qui ont trop joué avec le crédit en seraient pour leurs frais et ceux qui ont pu se constituer une épargne seraient un peu plus protégés que les autres.
Quel que soit le scénario envisagé, la baisse de l'activité économique apparait comme inéluctable. Est-ce que ce sera pire que tout ce que la France a pu connaître ces 30 dernières années ? Si l'on écoute autre chose que nos grands dirigeants qui répètent à longueur de temps "ayez confiance, dormez tranquille, tout ira bien", il semblerait que oui.
En tout cas, il est bien difficile d'imaginer ce qui se passera demain. Le scénario "déflation" serait plus "moral" au sens où il punirait les fautifs. Il semblerait aussi que ce scénario soit celui qui remporte le plus de "paris" de la part de ceux qui s'intéressent à la question. D'ailleurs, en quelque sorte, on est déjà dans une spirale déflationiste puisque l'action des autorités se limite, pour l'instant, à contrer cette tendance baissière du système. Sans grand succès semble-t-il.


Commentaires
Et bien voilà qui est instructif!
Je me permets une remarque : il ne faut pas oublier de parler de la confiance sans laquelle aucun échange commercial n'est possible.
Et cette confiance a disparu!
On peut ré-injecter les milliards que l'on veut, sans la confiance, chacun cherchera à sauver ses billes!
Pour faire un emprunt, il faut avoir confiance en l'avenir. Pour prêter de l'argent, il faut avoir confiance en la capacité de l'emprunteur à rembourser. Tout cela est fini!
La confiance reviendra avec de nouveaux biens de consommation et de nouvelles méthodes de production : il faut que l'économie accompagne non seulement la satisfaction de nos besoins mais qu'elle participe aussi d'un projet humainement ambitieux : le développement durable, l'épanouissement humain sont les clefs de la restauration de la confiance!
Comme j'ai dit "chez moi", je n'ai aucune idée du futur résultat.
Mais, sur le terrain, je peux dire une chose : sortez les rames...
C'est ce que je retiens depuis 6 mois en discutant avec experts comptables, banquiers, et chef d'entreprise.
Je mets une carte sur l'inflation en France.
Pour l'instant les Etat-Nations prêtent aux banques (et non pas directement aux entreprises en manque de liquidités*), pour les re-financer. Les banques prêteront aux entreprises considérées "solides".
Et pour être solvable auprès des BRIC + les OPEP, l'état français va jouer avec le curseur monétaire.
Le pire de l'histoire est que tout cela va se faire doucement et la crise INVISIBLE va se renflouer sur les captifs solvables en France.
...bon ce n'est que mon point de vue. Je passe au salon des micro entreprises** cette semaine, et j'écouterais les rumeurs pour revenir nourrir cet article.
*Sur ce point l'attitude de jean Peyrelevade me fait hurler de colère. Au entrepreneurs créateurs de biens et services, sources de richesses, il préfère focaliser son attention sur le système bancaire.
J'ai l'impression d'entendre le directeur de la banque de France annonçant au début des années 80 le début de la stagflation avec ses cohortes de législations pour soulager les pauvres chômeurs...jusqu'à ce que tout cela éclate avec "l'open bar" financiers annoncé par Fabius en 1986.
** http://www.salonmicroentreprises.co...
Probablement, ni l'un ni l'autre.
Pour certains aspects on pourrait même penser que la crise est déjà finie, même si on le verra que dans six mois. Ce que personne ne sait, c'est l'étendu exact des dégâts et de l'assainissement
Ce n'est pas très souvent que j'ai vu Chr!s "hurler de colère" mais je suis d'accord avec lui sur le coup.
Le fait de décaler de 2 mois les cotisations Unedic ne sert à rien pour les TPE-PME, car la crise de liquidités pour elles va se faire sentir d'ici quelques mois (voire semaines)et ce n'est pas ce genre de "report" qui va solutionner le pb.
La plupart sont dans le BtoB,beaucoup sont aussi en sous-traitance, et les commandes vont chuter très brutalement. Déjà j'ai des échos pas très favorables dans mon entourage.
Des commandes en chute libre et c'est aussitôt leur capacité à conserver leur(s) salarié(s) qui est concernée. Comme les banques ne prêtent plus, ça va être la bérézina.
Si en plus le phénomène est accompagné d'une inflation, on court à la catastrophe.
J'avais signalé dans un de mes articles que les TPE représentaient 95 % des entreprises du champ ICS (industrie, commerce et services)..On imagine le retentissement sur l'économie française d'une faillite générale.
C'est clairement les entreprises et non le système bancaire qu'il faudrait donc soutenir dans les mois qui viennent.
@GuiGrou,
Un oubli de ma part ! La confiance ou son absence c'est effectivement un facteur clef qui peut nous pousser vers l'un ou l'autre des scénarios.
@Kag,
T'en fais pas tu n'es pas le seul à ne pas savoir où on va...
@Claudio,
C'est un peu court comme arguments...
@Chr!s+Marie Laure,
Via les banques ou par un autre moyen, de l'argent arrivera peut-être vers certaines entreprises, mais lesquelles ?
Je pense que des Nexity ou de Akerys vont vite se retrouver à la peine mais je ne verrais aucun inconvénient à les laisser dans leur m....
Et puis, même si de l'argent était ainsi créé, comment arriverait-il jusqu'aux particuliers ? Combien de temps avant des augmentations de salaire qui soutiendraient un minimum l'inflation ?
Franchement, ce scénario de retour à la croissance avec l'inflation qui l'accompagne, je veux bien y croire mais pas avant quelques mois, voire quelques années quand tout ce qui a besoin d'être purgé l'aura été et que les entreprises utiles à la société du XXIème siècle émergeront vraiment.
De par mon métier, je sais ce qui se passe dans le bâtiment : un énorme trou d'air, le vide.
D'ici la fin de l'année, des entreprises de la région (Aveyron) vont déposer le bilan ou licencier.
Oui, il semblerait que le batiment, ça craint. Et pourtant on aura toujours besoin de construire de nouvelles batisses et d'entretenir l'existant. Une pénurie d'entreprises dans ce secteur là, ça signifie encore plus de travaux effectués par des canaux moins officiels et, à moyen terme, une dégradation générale du parc immobilier.
D'un autre côté, il y a eu de nombreux promoteurs pour se gaver avec les pluies de billets déversées par l'état en faveur de "l'investissement locatif". La crise de crédit a débuté outre-atlantique mais si elle a un risque de bien frapper la France en 2009, c'est indéniablement grace à eux et à tous ceux qui ont agi pour faire gonfler la bulle immobilière. Je n'aimerais pas être à la place de quelqu'un qui aura un crédit relais sur le dos en 2009.
Reste la question principale : comment assainir ce secteur d'activité en ne le brisant pas ?
@ oaz
la vocation première de l'habitat est de répondre à un besoin : le besoin de se protéger du froid, du chaud, des intempéries et de regrouper sa famille sous un même toi. Toute l'activité économique du bâtiment à grandit autour de ce besoin. Ca c'est bien!
Ce qui est moins bien, c'est qu'une grande partie de l'activité économique du bâtiment aujoud'hui provient de l'investissement financier. La motivation pour construire une maison n'est plus de répondre à un besoin mais d'assurer un retour sur investissement à des hedge founds.
Du coup, déconnexion totale avec la réalité.
Comme Guigrou; Pour le batiment, le trou d'air est déjà annoncé, et voulu ?! par les courtiers en immo. Ils attendent tous l'inflation pour pouvoir prêter de l'argent à taux presque-zéro dans une valeur refuge avec dissociation nu et usufruit.
@Marie Laure,
oui cela m'arrive d'être en colère à propos DU problème au MoDem : continuer à croire que le couple [intello-ouvrier] existe toujours. J'avais froissé mes neurones avec la comm de F.Bayrou "pavée de sages intentions" (cf la comm préparé par E.Mignon; tout dans l'action)
...et un article de FredericLN sur la comparaison avec E.Mignon me dit que cela va continuer. Malheureusement.
Voir un excellent article sous mon prénom sur ce que la GB propose.
L'état protège ses habitants et font payer les banques de leurs bêtises.
....ET, on découple les délires des banques, des entreprises. L'Etat joue son rôle de tampon entre ses habitants et les problèmes dont ils ne sont pas responsables.
A titre de comparaison, chez les assureurs, on peut s'amuser à suivre, à veiller deux exemples : groupama avec une gestion sereine. Et AGF qui a trop jouer avec de l'argent qu'elle n'avait pas.
Normalement sous le mois ça va craquer et se restructurer.
@ Oaz
Oh, c'est plus que court, mais je n'avais pas envie d'argumenter. Je me dis que parfois c'est bien de ne pas écrire des tartines.
Tu vois, en décembre 2007 le CAC40 vivotait entre 5400 et 5700 points. Les "experts" se partageaient en deux camps quant à 2008 : la bourse va faire +20% fin d'année ; la bourse va faire -20% fin d'année. Je disais que si on allait faire -20%, alors on devait descendre sous les 3600. (simple analyse graphique, pas de question d'analyser rationnellement un marché irrationnel). Or, le zénith du CAC40 date du 1 juin 2007. La crise commence donc à dater. Et aucune crise n'est éternelle.
Pourquoi je parle de bourse ? Parce que c'est un moyen de financement, évidemment. En général, la purge marque souvent la fin des crises, un peu comme la fièvre. Même s'il s'agit d'une phase aiguë. Mais il y a un délai de remise en route. Beaucoup dépendra de l'impact de la nouvelle présidence américaine.
@Claudio,
En fait, la question préalable, c'est : la purge est-elle déjà en grande partie derrière nous ou ne fait-elle que commencer ?
Démocrates, je vous invite à signer la pétition pour une ville de Toulouse plus sûre:
http://jesigne.fr/pourtoulouse
Et à en faire la promotion.