Sans participer aux débats, je visite régulièrement 2 espaces de discussions où ces sujets sont abondamment évoqués et où il est possible de trouver de nombreux pointeurs pour creuser la question. Tropical Bear, le blog du déflationniste Loïc Abadie et, surtout, le forum de la bulle immobilière où de nombreux passionnés développent leurs points de vue, tels Jean Dupont, qui a quelques arguments en faveur de l'hyperinflation.

Je ne suis pas un spécialiste de ces questions (loin de là) mais le sujet me parait suffisamment intéressant pour essayer de faire ici une synthèse de ce que j'ai cru comprendre.

Commençons par l'historique récent, commun aux 2 scénarios
Il y a 1 an, la crise des "subprimes" a révélé un endettement conséquent des ménages américains dû à une bulle immobilière. Cette crise a été le déclencheur d'un assèchement des crédits : à travers divers effets de saucissonnage de dettes, il devenait de plus en plus difficile de savoir quels établissements financiers se trouvaient face à des emprunteurs qui ne pourraient pas rembourser.
Petit à petit, le phénomène s'est amplifié. On s'est, notamment, rendu compte que les USA étaient loin d'être les seuls touchés. Le manque de liquidités est désormais avéré dans une grande partie du système financier mondial. Trop de monde a vécu à crédit et il n'y a pas d'argent pour rembourser.

Pour trouver des liquidités, il n'y a pas des dizaines de solutions. L'une d'entre elles est de vendre ce que l'on a : des parts d'une entreprise, par exemple. Un afflux de vendeurs sur les marchés des actions vient de faire plonger les indices boursiers. Une autre solution, c'est de créer l'argent qui manque. C'est ce que proposent tous les gouvernements occidentaux qui veulent maintenir le système à flot à travers divers "plans" pour éviter tout faillite de banque et toute perte d'argent par les épargnants.
On est désormais certains que ceux qui en ont le pouvoir vont agir en ce sens. Même la Banque Centrale Européenne a baissé sont taux directeur pour la première fois depuis une éternité. On n'en est pas encore à déployer des hélicoptères mais ça ne saurait tarder.

Que peut-il se passer après ça ?

Scénario 1 : Hyperinflation
L'injection d'une grande quantité de monnaie, ce qui est implicitement fait lorsque les états nationalisent les banques qui ne sont plus solvables afin de garantir les dépôts, maintient le système en état de marche au prix d'un accroissement de la masse monétaire. En forçant un peu sur cette "relance" et en supposant que les biens de consommation soient au rendez-vous, les prix vont inéluctablement monter.
On ne se retrouvera peut-être pas dans un scénario du type "République de Weimar" mais le prix grimperont jusqu'à un niveau suffisant, c'est à dire celui qui permet d'effacer l'ardoise. L'argent détenu en 2008 devient de la monnaie de singe. Le système se rachète une virginité à bon compte sur le dos des créanciers, à commencer par les chinois qui ne verront probablement pas cela d'un très bon oeil et , accessoirement, sur le dos de tous ceux qui se sont le moins exposés au crédit. On peut penser que les français y ont moins eu recours que les anglais ou les américains - et je ne parle même pas des islandais.
Pour ceux qui se réjouiraient à l'idée d'un scénario "France années 70" avec les salaires qui suivraient l'inflation, je leur suggère d'y réfléchir à 2 fois. Les augmentations n'auront lieu que si la santé des entreprises le permet et -en tout état de cause- elles n'auront lieu que pour ceux qui auront encore un salaire.

Scénario 2 : Déflation
L'injection de monnaie ne produira l'effet attendu (lutter contre la déflation) que si cet argent arrive à être suffisamment distribué et s'il y a encore quelque chose à acheter. Rien ne dit que, malgré l'arrivée de liquidités, le phénomène de "credit crunch" amplifié par la "course au cash" généralisée ne bloque encore pour longtemps la circulation de la monnaie. Par ailleurs, on est loin de l'abondance de matières premières et la tendance à thésauriser semble être assez vivace.
Tout cela peut conduire à une baisse inéluctable des prix et de l'activité économique, même avec des taux au ras des paquerettes à la mode japonaise. Le spectre qui se profile à l'horizon avec un tel scénario, c'est bien évidemment la grande dépression des années 30 avec ses éventuelles conséquences politiques.
Avec un tel scénario, ceux qui ont trop joué avec le crédit en seraient pour leurs frais et ceux qui ont pu se constituer une épargne seraient un peu plus protégés que les autres.

Quel que soit le scénario envisagé, la baisse de l'activité économique apparait comme inéluctable. Est-ce que ce sera pire que tout ce que la France a pu connaître ces 30 dernières années ? Si l'on écoute autre chose que nos grands dirigeants qui répètent à longueur de temps "ayez confiance, dormez tranquille, tout ira bien", il semblerait que oui.

En tout cas, il est bien difficile d'imaginer ce qui se passera demain. Le scénario "déflation" serait plus "moral" au sens où il punirait les fautifs. Il semblerait aussi que ce scénario soit celui qui remporte le plus de "paris" de la part de ceux qui s'intéressent à la question. D'ailleurs, en quelque sorte, on est déjà dans une spirale déflationiste puisque l'action des autorités se limite, pour l'instant, à contrer cette tendance baissière du système. Sans grand succès semble-t-il.