La saga de la baie des pirates
Par Oaz, le 25 février 2009, 02:01 - Sicap
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La période est propice aux procès médiatiques. Entre Yvan Colonna, AZF ou Siné, il y a de quoi satisfaire les amateurs du genre. Mais un autre procès retient plus particulièrement mon attention. Il se déroule en Suède.
L'accusé est un site internet, un moteur de recherche plus précisément : The Pirate Bay. L'IFPI (fédération internationale de l'industrie phonographique) et la MPAA (l'association des principaux producteurs américains de cinéma) demandent 11 millions d'euros de dommages et intérêts pour quelque chose qui pourrait s'apparenter à de la "complicité de contrefaçon".
La presse française généraliste ne semble que très peu s'intéresser à ce procès. Et ce n'est peut être pas un mal. Il vaudrait mieux que "Le Monde" s'abstienne pluôt que de raconter des âneries du genre : ce moteur de recherche permet de télécharger gratuitement des fichiers Torrent, films ou morceaux musicaux échangés directement entre internautes.
Les terme "torrent" a 2 significations. Au sens strict, c'est une entrée d'annuaire décrivant la localisation d'un fichier de données et c'est ce que met à disposition The Pirate Bay. Par extension, on appelle aussi torrent le fichier de données proprement dit, qui peut contenir une video, une musique ou n'importe quoi d'autre et qui n'a jamais été mis à disposition par le moteur de recherche incriminé.
En tout cas, ce ne sont pas les rebondissements qui manquent dans ce procès. L'info fleurit sur divers blogs dédiés : le déroulement du procès minute par minute, les photos, ...
En français, il y a Numerama qui nous propose un compte rendu journalier. Après une première journée sans grand intérêt, le deuxième jour fut l'occasion d'un premier rebondissement : le changement des motifs de l'accusation. Plus de complicité dans la reproduction de fichiers soumis à droit d'auteur. Il n'est désormais plus question que de faciliter le partage de "torrent" (au sens "éléments d'annuaire").
Le troisième jour, la défense explique l'innocence de ses clients : ils ne sont que des intermédiaires techniques et la directive européenne correspondante (celle qui a été transposée en France pour donner la LCEN) s'applique donc.
L'audition des accusés commence le quatrième jour. Les techniciens de The Pirate Bay répondent sur le fonctionnement du site. Le jour suivant débute avec l'interrogatoire musclé du porte-parole du site et un incident juridique : une interruption de séance suite à une pièce à conviction sortie du chapeau. La première semaine se termine par l'audition du 4ème accusé, un homme d'affaire qui, en fin de compte, n'a fait que fournir gracieusement un peu de matériel informatique.
La deuxième semaine a démarré hier avec une audition hilarante du premier témoin, un "expert" mandaté par l'IFPI qui se fait exploser par un avocat de la défense. Le deuxième témoin, un "enquêteur" d'une organisation privée "anti-piratage" subit ensuite le même sort.
Je mets des guillemets à "expert" et "enquêteur" car, au vu de leurs réponses, quiconque s'y connait un minimum en protocole bittorrent aurait pu faire mieux...
Le procès va continuer aujourd'hui (mercredi). L'accusation a visiblement retiré un de ses témoins, un policier qui avait lui aussi enquêté sur The Pirate Bay (avant d'être embauché par Warner Bros...) Il faut croire que la dose de ridicule dont s'est couverte l'accusation a déjà atteint un niveau suffisant.
Comme un malheur ne vient jamais seul, l'avocate de la MPAA a demandé à une artiste suédoise de rassembler des soutiens parmi les auteurs. Manque de bol, l'artiste en question s'était déjà déclarée publiquement favorable à The Pirate Bay et avait même encouragé la distribution du torrent d'un de ses anciens livres...
L'affaire semble mal engagée pour les industriels du cinéma et de la musique. Un victoire de The Pirate Bay serait un signal fort envers la société : les temps changent. Les modèles de distribution et de partage qui ont prévalu par le passé sont obsolètes et il faut que l'économie et les lois s'adaptent à la société d'aujourd'hui.
Le formidable outil de cohésion humaine qu'est internet ne pourra pas être confisqué par quelques vautours. La ministre norvégien de l'éducation vient de se dire favorable à la légalisation du peer to peer et à la mise en place d'une licence "globale".
La Nouvelle-Zélande vient de faire un pas en arrière sur la "riposte graduée". L'idée supprimer l'accès à internet aux internautes recule chaque jour. L'Allemagne a d'ailleurs récemment écarté une telle éventualité.
En France, bien sûr, patrie des droits de l'Homme et de la Culture, on est bien loin de tout ça...
Quelqu'un pourrait-il traduire à madame la ministre de l'Inculture française le dessin de Dylan Horrocks qui trône désormais sur la page d'accueil de The Pirate Bay ?



Commentaires
Avec cette exemple, j'y vois aussi une guerre entre un courant culturel libertarien et des politiques commençant à se demander s'ils peuvent toujours être utiles auprès de leurs amis de promo devenus industriels!?
(l'article de libé : http://www.ecrans.fr/L-acces-a-Inte...)
Oui, sur ce sujet la fracture est entre les progressistes/libéraux d'un côté et les étatistes/conservateurs de l'autre.
s'ils peuvent toujours être utiles auprès de leurs amis de promo devenus industriels!?