Si on apprend tous la même chose, c'est qu'on n'apprend plus rien
Par Oaz, le 13 juin 2009, 10:42 - Sicap
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Les questions de réforme du système éducatif reviennent régulièrement dans l'actualité et la remise du rapport de Richard Descoings concernant l'avenir du lycée est l'occasion pour quelques blogueurs d'aborder le sujet.
L'hérétique n'aime pas trop ce monsieur Descoings qui fleure l'égalitarisme et il le fait savoir. A l'opposé, Hypos, qui a rencontré R.Descoings, apprécie sa méthode et regrette des attaques qui seraient injustifiées.
Mathieu le privilégié met en perspective les problèmes posés par les objectifs chiffrés en termes de réussite à un examen et pose une question essentielle : le lycée doit-il rester un système élitiste de sélection ou doit-il être plus ouvert ? A cela, Rubin semble répondre que le système éducatif ne devrait pas imposer des choix d'orientation trop tôt, ceci afin de laisser le plus d'options ouvertes à un age où on n'est pas prêt pour faire des choix décisifs. Une telle évolution permettrait de ramener le système éducatif à ses racines élitistes "républicaines".
Il y a beaucoup de choses à répondre à cela...
Je n'ai rien contre un système élitiste, du moment qu'il ne laisse personne sur le bord de la route, mais je suis sûr d'une chose : élargir le tronc commun des filières supprime inexorablement toute mécanique élitiste.
C'est l'histoire de l'enseignement secondaire des 25 dernières années, au bas mot. Au fil du temps, les paliers d'orientation ont sans cesse été retardés et, afin de maintenir un enseignement commun accessible au plus grand nombre, le contenu des programmes n'a cessé de diminuer. Les classes qui ont le plus été marquées sont probablement la 4ème et la 3ème. Je ne sais s'il existe des statistiques mais aujourd'hui l'accès à ces classes concerne probablement plus de 95% d'une classe d'age. Il y a 25 ans, j'estime qu'il n'y en avait même pas 50%.
Que les choses soient claires : il est vital pour une société que toutes les personnes qui la constituent accèdent à un maximum de connaissance[1]. Tout le problème est dans les modalités d'accès à cette connaissance .
Pour revenir à la question de Mathieu, je suis tenté de répondre qu'en français un "ou" n'est pas forcément exclusif. L'accès au savoir peut être ouvert à tous sans que cela empêche les uns et les autres d'en acquérir plus ou moins en fonction de leurs possibilités et de leurs envies.
C'est là, à mon sens, la grande supercherie du système éducatif actuel qui, sous prétexte d'offrir une égalité de traitement en unifiant les parcours, procède à une véritable casse de ce qui fut un des moteurs de l'ascenceur social.
L'hérétique a raison de souligner que Richard Descoings se situe dans cette logique égalitariste. S'il y a un chapitre à lire dans son rapport, c'est le chapitre III intitulé "Rééquilibrer les voies et les séries"[2]. Il y développe 3 propositions fortes :
- faire de la 2nde une vraie classe de détermination
- poursuivre la rénovation des filières technologiques
- équilibrer les filières de la voie générale
Faire de la 2nde une vraie classe de détermination, c'est continuer la logique uniformisante qui a poussé à son paroxysme le principe du collège unique. L'argument fallacieux derrière cette proposition, c'est que les options qui existent actuellement pré-disposent à une certaine orientation. C'est en partie vrai mais ce n'est que la partie visible du problème. La partie cachée, c'est que ces options permettent la constitution de classes de niveaux qui sont un besoin naturel.
Pour une matière donnée, plus les jeunes avancent dans les études et plus les sujets étudiés se complexifient, plus les disparités en termes de capacité à s'approprier un savoir augmentent. Imposer à tout le monde d'apprendre à un même rythme est tout aussi injuste pour ceux qui n'arrivent pas à suivre le ryhtme que pour ceux qui pourraient bénéficier d'un rythme plus élevé.
En clair, en supprimant les options, on nivelle par le bas autant que possible. Il restera peut être les langues vivantes pour différencier les élèves. On assistera donc, au mieux, à une recrudescence des "allemand LV1" et, au pire, à un déplacement, pour ceux qui en ont les moyens, vers un enseignement privé toujours prompt à répondre à certaines attentes lorsque le service public part en vrille.
La poursuite la rénovation des filières technologiques part d'un bon sentiment mais Richard "discrimination positive"[3] Descoings propose un objectif chiffré d'accueil des élèves issus des filières technologiques dans les IUT, les BTS et même dans les CPGE. Et si cela empêche un élève au parcours objectivement meilleur d'obtenir une telle place, on fait quoi ? On ouvre des établissements en plus ? A ce compte là, autant donner directement de l'argent à tout élève de seconde qui accepte d'aller en filière technologique, on gagnera du temps et l'incitation ne sera pas moins efficace.
Le rééquilibrage des filières de la voie générale est la plus grosse arnaque du tryptique. Il ne s'agit ni plus ni moins que de se diriger vers le lycée unique sans avoir l'air d'y toucher. On insiste sur l'intérêt de la diversité des filières mais dans le même temps on se débrouille pour que les différences entre les filières soient le moins marquées possible. Pour cela, on met un peu plus de sciences pour les littéraires et on rabote les coefficients du bac pour éviter d'avoir des différences trop marquées entre les filières.
C'est pitoyable. Une telle évolution brouillerait les choix d'orientation car il serait encore plus difficile de définir la spécificité de chaque filière. Mais, après tout, c'est le but recherché : ne pas pouvoir distinguer l'acquis d'un élève sortant d'une filière A de l'acquis d'un autre élève sortant d'une filière B. Même si pour cela on est obligé de diminuer les exigences dans la filière A et dans la filière B[4].
A cet instant, il est permis de penser "ok, c'est bien joli de critiquer, mais alors on fait quoi ? Richard Descoings lui, au moins, il a une méthode et des propositions concrètes".
Je n'ai pas la prétention d'apporter des solutions aux problèmes du système éducatif français mais j'aimerais partager quelques réflexions qui me semblent logiques.
Tout n'est pas à jeter dans le rapport Descoings. Il y a même certains diagnostics qui, bien qu'évidents, gagnent à être mis en avant :
- la jungle des orientations existantes dans l'enseignement secondaire n'aide pas les élèves et leurs parents à faire de bons choix
- les choix d'orientation sont déséquilibrés par une prépondérance donnée à certaines séries
Concernant les possibilités d'orientation, tout le monde ou presque critique le cloisonnement des filières alors que le seul contrepoids régulièrement mis en action reste la diminution des différences entre ces diverses filières. En fait, le système éducatif donne l'impression de ne se baser sur aucun référentiel commun.
Un exemple de référentiel serait la définition de niveaux d'acquis par matière et par année pour la totalité des filières. Pas le gloubi-boulga mis en oeuvre à travers le socle commun où les acquis sont définis de manière transversale par rapport aux matières et où, au final, il est bien difficile de comprendre qui contribue à quoi.
Non, il faut un truc simple. Par exemple, définir 10 niveaux par matière pour l'ensemble du secondaire[5] avec les acquis correspondant à chaque niveau. Après il suffit de savoir à quel niveau correspond l'enseignement d'une année donnée dans une matière donnée. Et cela pour toute les matières, aussi bien pour le français et les maths que pour les enseignements technologiques.
Il faut pouvoir mettre côte à côte toute la diversité des filières existantes. Il ne faut pas avoir peur des disparités qui en résultent. Au contraire, il faut donner des clefs les plus simples possibles pour que tout le monde soit en mesure d'appréhender cette diversité. avec les avantages (les niveaux atteints, donc) que procure chaque filière par rapport aux autres.
Une telle grille de lecture aurait également un avantage certain pour les choix à venir après le bac. Il est difficile de résumer à un bac X ou Y les pré-requis pour envisager sereinement un parcours donné dans le supérieur. Un ensemble de matières avec le niveau souhaitable pour chacune d'entre elles donnerait de meilleures indications.
En poussant le raisonnement un peu plus loin, il y aurait même de quoi casser la prépondérance donnée à certaines séries. L'uniformisation n'est pas une bonne solution pour gérer la priorité donnée à certaines séries. Ce n'est pas une bonne solution car le désir de segmentation est inhérent aux attentes des élèves, des parents et même des enseignants.
La segmentation ne s'opère pas par rapport aux matières enseignées mais par la volonté de trouver des classes de "bons élèves". Il est inutile de remettre en cause le bien fondé de ce choix qui relève en grande partie d'une vision du système éducatif comme un producteur de signaux[6]. Il ne sert donc à rien de neutraliser cet effet : il reviendra sous une forme ou sous une autre.
En fait, toute idée de rééquilibrage des séries me semble improductive. Je me demande même si les séries servent à quelque chose. Pourquoi vouloir à tout prix maintenir des groupes d'élèves du même age dans les mêmes cours pour faire les mêmes choses ?
Là encore, est-ce que des niveaux par matières ne pourraient pas fournir une solution alternative ?
Hormis quelques questions logistiques, qu'est-ce qui empêcherait les élèves d'aller vers une logique de parcours personnalisé hors de toute notion de série ? Avec une logique simple : quand un niveau est acquis dans une matière, on peut passer au niveau suivant dans cette matière. Plus aucune classe. Juste des cours par niveau.
Cela aurait l'énorme avantage de casser la notion de série, et donc, a fortiori, de série où tout le monde veut aller. Accessoirement cela fournirait une solution élégante à la question du redoublement.
Dans le système actuel, le mécanisme d'orientation est vicié car le conseil de classe est à la fois l'organe qui évalue les résultats passés de l'élève et celui qui décide de son avenir parmi un nombre de choix très limité. La latitude de l'élève et de ses parents consiste en la contestation de la décision du conseil de classe par des voies officielles (et par d'autres qui le sont un peu moins).
Avec un système de niveaux, on peut proposer une approche bien plus transparente : la décision de l'acquisition d'un niveau laissée à l'appréciation du corps enseignant (professeur en charge du cours, équipe pédagogique disciplinaire, ...) sans possibilité d'appel et la pleine liberté des choix d'orientation, c'est à dire la liste des matières, laissée aux élèves et à leurs parents.
Et le bac dans tout ça ? En a-t-on encore besoin ? Pour ma part, et bien que les français y soient, parait-il attachés, je n'en vois pas l'utilité. Pourquoi ne pas se contenter d'une liste de niveaux atteints en fin de secondaire ? Le bac à la carte, en quelque sorte.
Bien sûr, cela devient de facto un bac évalué par contrôle continu mais un contrôle continu sur la totalité de la scolarité puisque toutes les années permettent d'acquérir des niveaux.
Evidemment, la tentation est grande d'attribuer des niveaux un peu trop facilement pour des établissements ayant des populations d'élèves trop faibles, mais la situation actuelle ne vaut en fait pas beaucoup mieux. L'omertà sur le barême et les modalités de correction du bac n'ont rien à envier aux éventuelles dérives d'un contrôle continu.
Je crois qu'à un moment donné, chacun doit prendre ses responsabilités. Tout finit par se savoir et l'attrait d'un établissement diminue automatiquement si les résultats ultérieurs contredisent l'acquis théorique.
Je vais m'arrêter là pour cette fiction de système éducatif.
J'aurais pu parler du renouveau de la vie lycéenne proposé par R.Descoings[7] qui me semble aller dans le bon sens. L'implication sociale au sein du lycée mériterait d'ailleurs de déboucher sur une évaluation officielle faisant partie du diplome de fin d'études secondaires.
J'aurais pu parler d'une semestrialisation qui me parait intéressante si chaque semestre constitue une acquisition de niveau et un palier d'orientation.
J'aurais pu parler du collège unique qui pourrait lui aussi sortir de la ridicule marche forcée de tous les élèves au même pas en proposant des parcours à la carte, au moins pour les années de 4ème et de 3ème.
Mais tout cela n'arrivera heureusement jamais. L'éducation nationale est une institution tellement conservatrice que parents, élèves et enseignant peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Des contenus et un fonctionnement plus transparents ne sont pas pour demain.
La mascarade de l'acquisition des mêmes connaissances par tous et du niveau qui ne baisse pas est bien pratique pour servir les idéologies des politiques de tous bords.
L'illusion de l'égalité a encore de beaux jours devant elle et elle continuera à profiter à ceux qui s'intéresseront de près au fonctionnement du système.
Notes
[1] on peut discuter ce point mais c'est alors un autre débat qui ne relève plus du système éducatif
[2] pages 44 à 57
[3] on lui doit la création de la filière d'accès à Sciences-Po Paris pour les élèves des ZEP
[4] à la différence des "ou", les "et" sont souvent inclusifs
[5] oui, pour l'ensemble du secondaire, de la 6ème à la terminale, car le collège unique n'est pas une fatalité
[6] le système éducatif balance entre 2 théories : le signal (le système n'apprend rien aux élèves, il ne fait que faciliter leur sélection en pointant les plus productifs) et le capital humain (le système "améliore" les élèves grace à ce qu'il leur apprend)
[7] Et même par N.Sarkozy qui, à ma grande surprise, vient de déclarer que "On aura beaucoup gagné si, le samedi, des jeunes lycéens se disent : "Si on allait au lycée faire tourner le ciné-club, la salle de spectacle, les équipements sportifs..." On fait aimer son lycée en permettant à des jeunes de se l'approprier." Reste à savoir comment il finance tout ça...


Commentaires
Bravo pour cette réflexion approfondie, et aussi pour le comm7, cette proposition du Président de la République est vraiment une honte (au sens de l'expression burkinabè "il ne connaît pas la honte") alors que les effectifs de surveillants et emplois-jeunes se sont évaporés.
Sans avoir lu le rapport Descoings, je voudrais faire part d'une divergence avec l'une de vos analyses. Vous écrivez :
"La segmentation ne s'opère pas par rapport aux matières enseignées mais par la volonté de trouver des classes de "bons élèves". Il est inutile de remettre en cause le bien fondé de ce choix qui relève en grande partie d'une vision du système éducatif comme un producteur de signaux. Il ne sert donc à rien de neutraliser cet effet : il reviendra sous une forme ou sous une autre."
Ce serait pourtant la seule et unique voie de succès. Si les résultats du système français sont globalement mauvais, par rapport à ceux des autres pays, ce n'est pas que nous manquions de bons élèves, ou que nos bons élèves ne soient pas aidés : ils réussissent aussi bien qu'ailleurs. Le problème, c'est que les élèves qui échouent, échouent plus sévèrement chez nous qu'ailleurs. Le problème, c'est que les professeurs, me semble-t-il, se valorisent sur la réussite de leurs meilleurs élèves, plus, bien que que sur le repêchage de leurs élèves en difficulté.
Organiser la fuite des bons élèves vers des classes de bons élèves (où fuiront également, bien sûr, les bons professeurs), c'est enfoncer un clou de plus sur le cercueil du "modèle éducatif que le monde entier nous enviait" - et c'est exactement ce qu'a fait l'actuel gouvernement avec son assouplissement "au mérite" de la carte scolaire.
Le système éducatif public ne doit pas être un conservatoire de savoirs, il doit être, pas seulement, mais en premier lieu à mon avis, l'assurance-vie de tous nos enfants, quelles que soit la culture et la fortune de leurs parents, contre le risque de l'ignorance.
Bon, ça n'est pas contradictoire avec votre paragraphe ... il était juste l'occasion d'exprimer ce souci !
Vos propositions ne me satisfont pas toutes, mais elles sont bien plus intéressantes que tout ce que j'ai pu lire jusqu'à présent (et je signe tout de même à une bonne partie).
Je n'ai malheureusement pas le temps de les commenter maintenant, mais je garde l'article dans mes signets en attendant ;-)
Participez-vous aux commissions sur l'éducation ? Cela mettrait de l'ambiance...
J'ai un article en cours de rédaction sur le sujet, je vais y inclure des réflexions sur ton propre billet.
Salut,
Merci d'avoir répondu à ma question, même si je ne te l'avais pas d'abord posé directement.
J'aurais beaucoup de choses à dire sur ton billet, assez long, et en particulier sur l'individualisation des parcours dont tu parles longuement. Il me semble en particulier que tu interprète mal ce qu'est le bac aujourd'hui. Cependant, cela mériterait un billet et je ne peux m'étaler ici, mais je le ferai dans les prochains jours.
Par contre, une précision technique : les conseils de classe ne décident plus du passage qu'en seconde. Ailleurs, ils donnent des avis que les familles suivent ou non.
Merci à tous. 4 commentaires et pas un seul cri d'indignation, c'est presque un exploit sur un tel billet.
@FredLN,
Je ne crois pas que les professeurs se valorisent sur la réussite de leurs meilleurs élèves. Cela peut éventuellement agir comme réconfort du genre "je ne sers pas à rien". Pour caricaturer, je dirais qu'il y a 2 types de profs.
Il y a le prof pour qui tous les élèves sont géniaux et si tous ne réussissent pas vraiment en fin de compte c'est la faute à [insérer le nom du ministre de l'éducation en exercice] qui ne file pas assez de moyens.
Et il y a le prof qui se rend compte du gouffre entre ce qu'il est censé enseigner aux élèves et ce que les élèves qu'il a en face de lui sont en mesure d'appréhender.
On est bien d'accord sur le problème posé par les "classes de bons élèves" mais, honnêtement, à part en supprimant la notion de classe, je ne vois pas vraiment de solution. Le besoin d'émettre un signal "j'ai réussi mieux que d'autres" est inhérent à la nature humaine semble-t-il.
@Florent,
Non je ne participe pas aux commissions sur l'éducation. Je me suis tenu au courant au début mais c'est un sujet tellement sensible et clivant...
Par ailleurs je n'ai dans mon CV aucune compétence particulière pour avoir un avis qui fasse autorité.
@l'hérétique,
au plaisir de te lire.
@Mathieu L.,
On va dire qu'avec mes fréquentations, je pense avoir une vision mieux informée que la moyenne des citoyens de ce qu'est le bac aujourd'hui.
Par ailleurs, je sais qu'il n'y a plus que deux conseils de classe dont l'avis est important, celui de 3ème et celui de 2nde mais, comme ce sont les 2 seuls paliers d'orientation, cela suffit amplement pour faire des dégats.
Un exemple (qui n'est peut être pas courant mais existe) : en fin de 2nde, un élève un peu faible mais n'ayant jamais redoublé se verrait bien en 1ère STG. Au conseil de classe , tout le monde sait que l'élève pourrait suivre une telle scolarité mais, comme la STG, même si personne ne le dit, c'est quand même un peu le fond du panier, le conseil estime que l'élève en question pourrait avoir "mieux" en redoublant. Du coup le conseil n'autorise pas la 1ère STG et propose le redoublement !
Si les élèves ont parfois un problème d'orientation c'est aussi parce que le corps enseignant veut tellement avoir plus de "bonnes" classes qu'il oriente les élèves sans forcément tenir compte de leurs intérêts.
J'aurais bien aimé m'indigner mais je n'ai pas compris sur quoi ;-)
Non, sérieux, c'est un billet qui demande ... digestion.
Ton exemple sur la seconde est discutable, car dans un tel cas, il suffirait que l'élève fasse appel et il passerait vues les notes. Ce qui arrive plus souvent, c'est qu'un gamin qui veut faire une STG soit convaincu par ses profs d'aller en général du fait de son bon niveau. Et cela, je suis d'accord avec toi, est stupide et très pénible à gérer en conseil de classe...
En troisième, le palier est aussi bien plus facile à franchir maintenant que le palier de la seconde.
Sauf que l'appel est loin d'être une décision anodine. Mais, comme le montre le cas dont tu parles, le problème est que parfois les enseignants débordent un peu du cadre de leur rôle.
C'est pour cela que je trouverais plus sain un système où
@ l'auteur : d'accord sur #5 et #8.
Idée 1 : estimer de façon plus fiable, à partir des évaluations existantes, l'apport de chaque année de classe à chaque élève (c'est de la modélisation statistique très faisable), et retourner cette information vers les enseignants au moins sous forme agrégée (par classe).
Idée 2 : faire connaître, y compris aux parents, ce qui favorise le succès. De mémoire, une étude statistique constatait que la progression est plus rapide dans des classes multi-culturelles que dans des classes homogènes en termes socio-culturels. Elle date d'il y a plus de 10 ans et je lui ai fait confiance pour la scolarisation de mes enfants. Généralement, les gens croient que l'inverse est vrai. Stratégie (qui serait, je crois) perdante pour leurs enfants comme pour la collectivité nationale.
"C'est là, à mon sens, la grande supercherie du système éducatif actuel qui, sous prétexte d'offrir une égalité de traitement en unifiant les parcours, procède à une véritable casse de ce qui fut un des moteurs de l'ascenceur social."
Excellent !
"A ce compte là, autant donner directement de l'argent à tout élève de seconde qui accepte d'aller en filière technologique, on gagnera du temps et l'incitation ne sera pas moins efficace."
Provocant, ça me rappelle qn... ;-) Mais grotesque.
"Hormis quelques questions logistiques, qu'est-ce qui empêcherait les élèves d'aller vers une logique de parcours personnalisé hors de toute notion de série ?"
J'aime le principe mais trop compliqué à mettre en oeuvre. C'est déjà dur d'élaborer un emploi du temps alors là...
"Et le bac dans tout ça ? En a-t-on encore besoin ? Pour ma part, et bien que les français y soient, parait-il attachés, je n'en vois pas l'utilité."
Idem...
"L'éducation nationale est une institution tellement conservatrice que parents, élèves et enseignant peuvent dormir sur leurs deux oreilles."
C'est surtout la faute aux derniers...
Et tu remarqueras que j'ai lu ce long billet, alors que je suis sûr que t'aurais pensé le contraire ;-)
merci pour cet article,
J'ai toujours bien aimé l'idée de groupes de niveaux par matière, au lieu d'avoir des faibles qui ne comprennent rien, des forts qui s'ennuient.
J'aime cette idée de s'adapter aux enfants.
Pour que cette idée puisse voir le jour comme tu le dis : il faut casser la notion de "classe" et avoir des classes de niveau. Classes qui peuvent changer dans l'année,...
Le socle commun n'ose pas aller faire cela et on a donc un nivellement par le bas.
Cependant cette organisation me pose des questions:
- La perte de notion de "classe". Est-ce que cela ne pourrait pas destabiliser l'élève ?
- Comment gerer les transitions entre les niveaux. Des élèves avanceront toujours plus vite que d'autres. Si on définit un programme pour un niveau, comment un eleve tres bon pourrait passer plus vite que les autres au niveau suivant, si il n'a pas fait encore tout le programme du niveau ? (AutoFormation ? les cours sont disponibles, il peut demander à un professeur de valider ses acquis). Un peu comme quand on était petit avec les fiches de lectures de différentes couleurs.
- Est-ce que l'on peut atteindre le niveau 10 en 1 seule année, que fait-on alors les années suivantes si on a pas les autres niveaux dans les autres matières
- Comment se ferait l'orientation après le lycée ? par exemple,
Pour rentrer en médecine, il faudrait un minimun de niveau 5 en bio, 7 en math, 6 en physique,etc..
@FredLN,
Sur l'idée 1, je ne connais pas le sujet mais s'il y a des moyens d'évaluations fiables, y compris au niveau de chaque matière enseignée, ça peut être intéressant.
Sur l'idée 2, j'aimerais bien connaitre les facteurs de réussite impliqués.
@LCDM,
Comment-ça ? Il est long mon billet ? :-)
Et sur les emplois du temps, il y aurait bien des choses pour les améliorer :
- diminuer le nombre de matières en les regroupant
- alléger l'horaire hebdomadaire
- relacher quelques contraintes dans les créations d'emploi du temps
- ...
@tompapLa notion de classe est peut être importante pour un élève de 6ème mais un élève de terminale aurait tout intérêt à s'habituer à autre chose. Et encore... Dans l'école élémentaire de mon village, il y a 5 classes de CP/CE1. Pour l'apprentissage de la lecture, les élèves sont répartis en groupes de "besoins" qui ne correspondent pas aux classes. Ca n'a pas l'air de les traumatiser...
Pour les élèves qui avancent vraiment trop vite, je ne crois pas que ce soit un problème majeur. Déjà, un système de niveaux serait plus souple que ce qui existe actuellement. Et puis dans un système éducatif de masse, il y a toujours des cas extrêmes qui ne collent pas avec le fonctionnement dont peut se satisfaire le plus grand nombre...
Pour ce qui est de l'orientation après le lycée, je crois que chaque établissement du supérieur devrait établir ses propres règles d'entrée sur des critères objectifs.
Le niveau par matière, peut etre une bonne idée, cela existe dans certains pays nordiques et aux US, les passerelles y sont très souples si le niveau requis est atteint dans la matière concernée voire davantage, l'élève est transféré au niveau supérieur et ce meme en cours d'année.
@ OAz#13 : c'est un souvenir de lecture lointain, avant l'ère internet. Voir aussi (ce n'est pas la même étude) la célèbre Piketty/Valdenaire http://www.versac.net/2006/05/un_no...
Merci pour l'info (et pourtant je lisais Versac !)
Je ne savais pas que Piketty avait étudié le sujet.
Salut Oaz,
En fait il s'agit plus de questions que de commentaire. Idée originale et intéressante que ces niveaux, tu remarques entre autre que la question du redoublement ne se poserait plus, mais inversement comment éviter que des élèves d'age trés différent ne se retrouvent dans le même niveau de compétence ?
On peut se dire que l'élève n'a qu'à se rendre à l'évidence : cette compétence n'est pas pour lui, mais s'il persiste il vivra encore plus mal son échec. D'ailleurs dans cette optique les compétences ou disciplines développées seront choisies en fonction des études que l'on veut poursuivre aprés le secondaire. Comment éviter alors la reproduction de notre système actuel avec des élèves faibles en math et qui malgré tout persistent avec de surcroît des études qui s'allongent et se sentant "attardés" dans leur groupe de compétence ? Comment faire en sorte sue élève et famille construise réellement son projet d'orientation en fonction de ses compétences, intérêts, atouts ?
@saxos,
Si l'élève (ou ses parents) ne persiste pas à s'obstiner dans une voie qui n'est pas faite pour lui, ça sera déjà ça de gagné.
Pour aider à cela, l'intérêt d'un système avec un référentiel de compétences global, c'est de faciliter les expériences et les changements. Aujourd'hui, il y a rarement plus de 2 paliers d'orientation pour toute une scolarité avant le bac.
Une autre clef du succès c'est d'avoir, à travers l'obtention de niveaux, des réussites concrètes qui surviennent de manière très régulière. C'est quand même autre chose que de n'avoir pour seule perspective qu'un examen final qui est un peu un "quitte ou double". Cela est d'autant plus important que ces réussites peuvent être comparées à l'ensemble des autres.
Je me trompe peut-être mais cela me semble motivant de se dire "ok, je n'ai pas choisi des matières qui me donnent un profil scientifique mais mon niveau en français|économie|histoire-géo|... (rayer la mention inutile) est objectivement meilleur que la plupart des élèves qui réussissent dans les matières scientifiques", surtout si on le compare à "je suis en série L|ES|STG|... et les élèves de S sont réputés comme ayant un meilleur niveau que nous, même dans les matières non scientifiques"
J'apprécie beaucoup les propositions faites dans ce texte. Sans vouloir remonter à l'antiquité, je dois dire qu'elles me font beaucoup penser à ce qu'Alain Savary proposait au début des années 80 et qui a été mis à la poubelle grâce à l'action concertée de l'enseignement privé et des laïcards (je suis pour la laïcité et aps au sens sarkozyste du terme, pas de confusion, mais un intégriste est un intégriste). la seule différence est que les enseignements par niveau individualisés pour chaque matière,se retrouvaient groupés par cycles (de mémoire, deux ou trois cycles entre onze et dix huit ans). Bien sur, c'est une équipe pédagogique qui gérait, pendant toute la durée d'un cycle, un groupe d'une centaine d'élèves. A mon sens, ceci renforçait la notion d'appartenance à un groupe, puisque celui ci durait plus qu'une année scolaire.
Merci pour cette réflexion pertinente sur l'enseignement.
@nedellec,
Merci pour l'info. Je n'étais pas au courant de ces projets de A.Savary. L'histoire n'a malheureusement retenu que sa loi sur l'enseignement supérieur et sa malheureuse tentative d'unification des établissements publics et privés.