Toutes directions

Par chance, je connais un peu le village pour y avoir séjourné quelques étés. On ne peut pas en dire autant de toutes les voitures venues du "nord", qu'elles soient françaises, belges ou néerlandaises -pour ne citer que les plus courantes- qui ont découvert le sens interdit qui trône désormait à l'entrée nord du village. A partir de là, elles entament un périple qui les ramène bien souvent à leur point de départ.

Si, par hasard, elles réussissent à franchir l'obstacle, ce n'est qu'au prix de quelques détours à travers de petites rues qui ne sont même pas suffisamment larges pour accueillir un trottoir.
On imagine aisément la joie des riverains dont le logement, jadis au calme, devient un point de passage obligé pour les dizaines de véhicules qui s'aventurent dans le village. Il n'en fallait pas plus pour provoquer quelques manifestations contre le nouveau plan de circulation

Que répond le maire à cela ? "C'est dans un but environnemental et de qualité de vie".
Cette réponse là, il fallait oser la sortir ! Je sais bien que le vert est une couleur à la mode mais comme action en faveur de l'environnement, on a vu mieux...
Mais pouvait-on attendre autre chose d'une municipalité qui a déjà prouvé que l'environnement était un paramètre mineur face à certains enjeux financiers ?

Et l'opposition politique locale ? Visiblement, elle aime bien rigoler.

Ceux qui risquent de moins rigoler, par contre, ce sont les contribuables. Le million d'euros qu'a couté cette "expérience", quelqu'un devra bien le payer... Et en plus, il semblerait que des frais supplémentaires soient à prévoir puisque la présence des parcmètres n'est pas du goût de tout le monde.

Devant un tel gachis, il y a de quoi être consterné. Mais il y a pire que de faire du gachis : c'est de s'en vanter dans une publication municipale.
"Notre circulation se refait une santé" ! Avec de tels médecins, il faut commencer à s'inquiéter.

Cette publication a le mérite d'expliquer la vraie cause de l'évolution de la circulation : s'adapter à l'accroissement de la population. Un accroissement (+50% en 15 ans), qui, si l'on en croit la logique de la municipalité, serait le signe d'une bonne santé pour le village.
Et le bulletin de fustiger les municipalités précédentes qui, dans les années 80 auraient "ralenti" la commune. Ce message est très étrange. Ces années 80, je les ai vécues. J'y ai vu la construction d'un grand batiment moderne pour accueillir la mairie, d'un complexe sportif avec stade et piscine, d'un centre culturel dont la municipalité actuelle profite allègrement pour accueillir diverses manifestations et s'en gargariser.
C'est quand même autre chose que d'agrandir les trottoirs en bord de plage et tracer des lignes blanches pour faire des parkings...

Ceux qui ne connaissent pas Leucate se demanderont peut-être comment une municipalité si médiocre peut rester place si longtemps ? La réponse est mathématique.
Leucate vient d'atteindre les 3500 habitants (les municipales de 2008 se sont déroulées selon les règles qui régissent les communes de moins de 3500 habitants). Si on prend le ratio de la population française, les 7/10èmes de ces habitants sont en age de voter, ce qui nous donne 2450 électeurs. Hors, le village affiche 3963 inscrits !
Bien sûr, on n'est pas dans le 5ème arrondissement de Paris. Les électeurs supplémentaires n'habitent pas au cimetière. Non, ces électeurs habitent tout simplement ailleurs. Deux électeurs sur cinq n'ont dans cette commune que leur résidence secondaire.

Claude Marti chantait "son venguts amb la fòrça de l'argent" ("ils sont venus avec la force de l'argent").
Le système électoral français pourrait parfois s'inquiéter du pouvoir que donne cet argent.