Le vote européen semble pertinent pour mesurer les fidélités : c'est un des votes où il y a le moins de calculs politiques et où l'étiquette politique a le plus de poids face à la personnalité des candidats.
L'UDF de 2004 semble également une bonne base pour définir ce centre droit : dès 2002, l'UMP avait rassemblé une grande partie de la droite et la vague orange de 2007 était encore bien loin.

La seule source que je connaisse pour effectuer la comparaison 2004-2009 est le sondage TNS Sofres du jour de vote lors des européennes 2009 (ici en PDF). Les sondages ont toujours une marge d'erreur. Il ne faut donc pas regarder les chiffres à la virgule près mais ils sont généralement fiables pour indiquer les grandes tendances. Ils l'ont d'ailleurs fort bien démontré lors de ces élections européennes.

Dans ce sondage, un ensemble de chiffres nous intéresse plus partiiculièrement : la composition de l'électorat Modem par rapport au vote des européennes 2004. Le résultat est sans équivoque.

Electorat Modem 2009 par rapport au vote 2004

Sur 10 électeurs Modem de 2009, il n'y en a, au mieux, que 2 qui ont voté UDF en 2004.
Grosso modo, l'électorat du Modem de 2009, c'est :

  • 30% d'anciens électeurs réguliers de gauche
  • 30% d'anciens électeurs réguliers de droite
  • 40% de personnes qui, avant 2007, ne prenaient pas systématiquement le temps de venir voter

L'électorat de "centre droit fidèle à F.Bayrou" représenterait donc au mieux 450000 votes, soit un quart des votes UDF de 2004.

Mais alors, les électeurs "fidèles" d'avant la période Modem, où sont-ils passés ?
Facile : plus d'un électeur UDF 2004 sur deux a voté UMP en 2009 (le sondage donne 56% de vote UMP en 2009 parmi les votes UDF de 2004)

S'il y a une fidélité, elle n'est pas la même pour tout le monde.
Parmi les électeurs de l'UMP aux européennes 2009, plus de 4 sur 5 avaient déjà voté pour N.Sarkozy en 2007. Cela signifie que la plupart des fidèles électeurs de centre droit qui ont voté UMP en 2009 après avoir voté UDF en 2004 avaient déjà voté UMP en 2007...

Je crois que l'on a assez parlé de fidélité pour aujourd'hui. L'important dans tout ça, du moins à mes yeux, c'est la structure de l'électorat Modem actuel.
Cet électorat n'est ni de droite, ni de gauche et il a des frontières très perméables. C'est un patchwork de personnes venant d'horizons politiques très variés et qui a encore du mal a se rassembler autour d'une idéologie clairement identifiée. Il serait vain de vouloir le classer sur un axe gauche-droite car il est la combinaison de divers parcours qui passent régulièrement par la case "centre" mais sans forcément s'y arrêter très longtemps.

Il serait d'ailleurs tout aussi illusoire de croire que la situation s'éclaircira dans les mois, voire les années à venir. La construction du Modem, c'est plus une course de fond qu'un sprint qui mènerait à 2012.
Comme le montre Laurent de Boissieu, les positions géométrico-politiques ne sont pas synonymes d'une idéologie dans l'absolu. Par sa trajectoire, le Modem est en train de redéfinir ce que sont les gauches et droites géométriques. Cette redéfinition est l'essence de la construction du Modem. Cette construction prendra du temps mais il faudra le lui laisser.