La fidélité de l'électorat de centre droit
Par Oaz, le 20 septembre 2009, 08:59 - Sicap
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Lors de l'université de rentrée du Modem, j'ai eu l'occasion de discuter longuement avec Claudio (Skeptikos) et Arnaud (Quindi). Ben (le crapaud) s'est joint pour un temps à la discussion et il a trouvé le moyen de présenter sa fameuse théorie sur l'électeur de centre droit. Celui-ci serait d'une fidélité à toute épreuve.
Cette fidélité, parait-il aurait été confirmée lors des dernières élections européennes, mais qu'en est-il réellement ?
Est-ce que les 1.5 millions (8%) de votes Modem aux européennes 2009 proviennent, pour la plupart des 2 millions (12%) de votes UDF de 2004 ?
Est-ce que l'électorat Modem qui a rejoint Bayrou en 2007 est, depuis, retourné à gauche, que celle-ci soit rose ou verte ?
Le vote européen semble pertinent pour mesurer les fidélités : c'est un des votes où il y a le moins de calculs politiques et où l'étiquette politique a le plus de poids face à la personnalité des candidats.
L'UDF de 2004 semble également une bonne base pour définir ce centre droit : dès 2002, l'UMP avait rassemblé une grande partie de la droite et la vague orange de 2007 était encore bien loin.
La seule source que je connaisse pour effectuer la comparaison 2004-2009 est le sondage TNS Sofres du jour de vote lors des européennes 2009 (ici en PDF). Les sondages ont toujours une marge d'erreur. Il ne faut donc pas regarder les chiffres à la virgule près mais ils sont généralement fiables pour indiquer les grandes tendances. Ils l'ont d'ailleurs fort bien démontré lors de ces élections européennes.
Dans ce sondage, un ensemble de chiffres nous intéresse plus partiiculièrement : la composition de l'électorat Modem par rapport au vote des européennes 2004. Le résultat est sans équivoque.

Sur 10 électeurs Modem de 2009, il n'y en a, au mieux, que 2 qui ont voté UDF en 2004.
Grosso modo, l'électorat du Modem de 2009, c'est :
- 30% d'anciens électeurs réguliers de gauche
- 30% d'anciens électeurs réguliers de droite
- 40% de personnes qui, avant 2007, ne prenaient pas systématiquement le temps de venir voter
L'électorat de "centre droit fidèle à F.Bayrou" représenterait donc au mieux 450000 votes, soit un quart des votes UDF de 2004.
Mais alors, les électeurs "fidèles" d'avant la période Modem, où sont-ils passés ?
Facile : plus d'un électeur UDF 2004 sur deux a voté UMP en 2009 (le sondage donne 56% de vote UMP en 2009 parmi les votes UDF de 2004)
S'il y a une fidélité, elle n'est pas la même pour tout le monde.
Parmi les électeurs de l'UMP aux européennes 2009, plus de 4 sur 5 avaient déjà voté pour N.Sarkozy en 2007. Cela signifie que la plupart des fidèles électeurs de centre droit qui ont voté UMP en 2009 après avoir voté UDF en 2004 avaient déjà voté UMP en 2007...
Je crois que l'on a assez parlé de fidélité pour aujourd'hui. L'important dans tout ça, du moins à mes yeux, c'est la structure de l'électorat Modem actuel.
Cet électorat n'est ni de droite, ni de gauche et il a des frontières très perméables. C'est un patchwork de personnes venant d'horizons politiques très variés et qui a encore du mal a se rassembler autour d'une idéologie clairement identifiée. Il serait vain de vouloir le classer sur un axe gauche-droite car il est la combinaison de divers parcours qui passent régulièrement par la case "centre" mais sans forcément s'y arrêter très longtemps.
Il serait d'ailleurs tout aussi illusoire de croire que la situation s'éclaircira dans les mois, voire les années à venir. La construction du Modem, c'est plus une course de fond qu'un sprint qui mènerait à 2012.
Comme le montre Laurent de Boissieu, les positions géométrico-politiques ne sont pas synonymes d'une idéologie dans l'absolu. Par sa trajectoire, le Modem est en train de redéfinir ce que sont les gauches et droites géométriques. Cette redéfinition est l'essence de la construction du Modem. Cette construction prendra du temps mais il faudra le lui laisser.


Commentaires
billet intéressant mais il manque une donnée qui va dans le sens de Ben,c'est la différence socilogique du Vote MoDem en milieu urbain (plutot de gauche)et le vote modem à la campagne plutôt de centre-droit dans sa grande majorité. Certainement pas innocent que bayrou dans son discours des UR s'est d'abord adressé aux agriculteurs.
bien content de t'avoir rencontré aux UR !
A partir des géographies électorales (et donc des votes réels), Pierre Martin, dans son article de Commentaire, obtient le résultat inverse au vôtre (http://unemargueriteenprovence.blog...).
Au surplus, si on pousse votre raisonnement, cela signifie que l'électorat UDF a fui en masse et que le nouvel électorat MoDem lui est très inférieur en nombre. Ce n'est pas très encourageant.
Très intéressant ton billet. Il me fait réfléchir. Je regarderai le sondage.
Mais je te dis ce que je ressens, et j'avais entendu un politilogue aussi. Je suis d'accord avec l'analyse d'Orange sanguine et de Fulrad.
Je suis convaincu que l'électorat depuis la nouvelle UDF est fidèle. Il peut à la rigueur faire un petit écart mais il est plus fiable que les électeurs venant du centre gauche toujours prompts à voter pour ce qui est "in".
@tous,
Désolé mais faute d'éléments un peu plus tangibles et chiffrés, je ne suis pas tellement disposé à "croire" à ces clichés : d'un côté un électorat issu du centre droit, fidèle, principalement présent dans les terres centristes historiques (grand ouest) et où le milieu rural est sur-représenté et de l'autre un électorat "bobo", urbain, qui a plus souvent voté à gauche par le passé et qui est en fin de compte très volatile.
C'est une certaine image que l'on colle au Modem mais à qui profite-t-elle ?
Je suis bien évidemment disposé à changer d'avis en présence de données un peu plus concrètes.
Est-ce que Pierre Martin détaille un peu plus ses sources dans son article ? Parce que "Comme aux législatives de 2007, l'analyse des résultats montre que le MoDem ne rassemble que les suffrages des électeurs venant du centre droit", c'est très facile à écrire, surtout si on ne le justifie pas...
@Fulrad,
L'électorat Modem de 2009 est moins nombreux que l'électorat UDF de 2004 (1.5 millions contre 2 millions). Ce n'est pas mon raisonnement, c'est un fait.
Maintenant, est-ce encourageant ou pas ? Moi je dirais oui. L'UDF de 2004 c'est le début d'une mutation idéologique pour un parti dont l'électorat n'était pas forcément en phase avec cette mutation. Le Modem d'aujourd'hui, c'est autre chose comme le montre la diversité des provenances politiques évoquées dans le billet. Cette autre chose ne demande qu'à prendre de l'ampleur.
Billet très intéressant.
Et comme Ben, je vais d'abord regarder le sondage en détail :-)
Pour ma part (zone rurale, connaissez vous le Léon ? ) je suis sollicité surtout par des gens du no man's land et, à la limite, du centre à vocation "sociale".
Mais cela peut venir de moi.
Au maître des lieux :
Que l'électorat MoDem soit moins nombreux que celui de l'UDF, je suis bien d'accord avec vous. C'est pour la composition de cet électorat qu'il peut y avoir raisonnement et débat. Selon ce billet, il s'agit essentiellement d'un nouvel électorat qui ne votait pas UDF avant. Pierre Martin semble indiquer qu'il s'agit d'un reliquat d'électorat UDF, très médiocrement complété par un nouvel électorat.
Malheureusement, Pierre Martin ne détaille pas son protocole d'analyse. Argument d'autorité, il est politologue, spécialiste de l'analyse des résultats électoraux au CNRS et membre de l'IEP de Grenoble (c'est ainsi qu'il est présenté dans la revue). Sachant que Bayrou est membre du comité de direction, j'ose croire que ce que ce Monsieur a écrit ne relève pas de la simple opinion (a priori hostile au MoDem). Peut-être (sans doute) que cet article résume une publication plus lourde (et plus confidentielle).
Il y a une seule note sur l'analyse détaillée qu'il a menée. Je vous la livre telle quelle :
"Ce qu'illustre bien l'évolution des résultats de la droite et du centre dans quatre circonscriptions très typées de droite et de gauche, urbaines et rurales : deux à droite, Paris 15e (16e arrondissement, partie Chaillot) 2004 UDF 17,8 % reste droite 63,8 %, 2009 MoDem 6,3 % droite 74 %, Mayenne 2e (Château-Gonthier) 2004 UDF 20.2 % reste droite 44,3 %, 2009 MoDem 9.8 % droite 50,5 % ; deux très à gauche Bouches-du-Rhône 4e (Marseille-Nord) 2004 UDF 4,5 % reste droite 36,7 %, 2009 MoDem 5.3 % droite 34,4 %, Haute-Vienne 2e (Saint-Junien) 2004 UDF 6,7 % reste droite 35,5 %, 2009 MoDem 7,7 % droite 34 %".
On peut conserver quelque doute en l'absence d'analyse systématique, mais, à la lecture de cet article, la théorie de LCDM ne paraît pas saugrenue.
A Oaz et Fulrad : je crois bien à ceci
"Pierre Martin semble indiquer qu'il s'agit d'un reliquat d'électorat UDF, très médiocrement complété par un nouvel électorat".
La carte électorale soulignerait sans pb que là où l'UDF faisait ses meilleurs scores dans la période 2002-2007 (même si 2007 est trompeuse), hé bien c'est là que les meilleurs scores en 2009 furent réalisés.
Moi, je ne demande qu'a vous croire. Mais en attendant que quelqu'un me montre une carte électorale avec une démonstration qui tienne la route, je m'en tiendrais à ma version qui elle, au moins, est basée sur du concret.
Tenez, essayons un petit exercice de carte électorale.
Je prends le département des Hauts de Seine (92), fief de droite bien connu.
En 2004, l'UDF y fait bien mieux (15.18%) que dans l'ensemble de l'Ile de France (12.63%) soit +2.55 points. L'UMP y fait une sur-performance similaire : +2.45 points (20.25% contre 17.8%)
Passons en 2009. L'UMP est plus que jamais en sur-performance : +4.76 points (34.36% dans les Hauts de Seine contre 29.6% en Ile de France).
Le Modem ? A-t-il su garder son fidèle électorat de droite ? Pas sûr : son score des Hauts de Seine (9.14%) est quasiment identique à son score Ile de France (8.52%)
Ca ne vous suffit pas ?
Prenons un autre exemple : la Seine St-Denis (93), un département urbain généralement plus à gauche que la moyenne.
En 2004, l'UDF de centre droit y fait 8.96% soit 3.67 points de moins que son 12.63% régional. Sans commentaire : ce n'est pas une "terre centriste"
En 2009, le médiocre apport des voix qui ne sont pas historiquement de centre droit permet au Modem de maintenir un 7.42%, à seulement 1.1 point du 8.52% régional.
Si j'ai le temps, un jour, je ferai un aspirateur à résultats sur le site du ministère pour produire des chiffres sur la France entière. En attendant que Pierre Martin soit un politologue renommé ou pas, je considère qu'il raconte surtout ce qu'il a envie d'entendre...
@Ben,
Que les meilleurs scores de 2009 soient similaires à ceux de 2004, c'est fort possible : d'après le sondage Sofres, il y a quand même un petit tiers de centre droit fidèle qui suffit à faire de meilleurs résultats dans l'absolu.
Mais ce qui est plus intéressant à regarder c'est le décalage entre le résultat local et un résultat global. Là, on peut éventuellement constater un résultat plus faible que celui attendu (comme dans le 92) ou plus fort que celui attendu (comme dans le 93). Cela caractérise le départ d'un électorat et l'arrivée d'un autre...
@Fulrad,
Merci pour le détail de "l'analyse" de Mr Martin. J'espère qu'il a autre chose que ces malheureux chiffres pour confirmer ses dires.
Par ailleurs, une publication scientifique "confidentielle", c'est un oxymore...
@Claudio,
Ton ressenti est proche de ce que j'aurais intuité : une grande partie des sympathisants Modem viennent politiquement de "nulle part".
A Oaz : justement tes deux exemples viennent en soutien de ma démonstration.
Il doit bien y avoir des études des science po à la fac.
Si tu fais via un logiciel de cartographie une comparaison des deux votes, tu verras bien l'influence réelle de l'UDF. Je sais bien que cela te "peine" mais c'est indéniable.
C'était même un de vos reproches les bisous et les poujamodémistes : "il n'y a que des UDF".
L'électorat est là.
Quant aux militants, tout le monde n'est pas allé au NC, bien au contraire
@LCDM,
Je te démontre par A+B que dans un département où l'UDF était bien implantée, le Modem fait un bien plus mauvais score que l'UDF et que dans un département où l'UDF était plutôt absente, le Modem fait un meilleur score que l'UDF et tu trouves le moyen de me dire que cela vient "en soutien de ta démonstration" ?????
Il va falloir que tu expliques un peu plus...
Et n'oublie pas qu'il n'y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Par ailleurs, s'il y a des études à science po ou ailleurs elles sont très bien dissimulées !!!
Ben si : "son score des Hauts de Seine (9.14%) est quasiment identique à son score Ile de France (8.52%)" Donc là où l'UDF était mieux, c'est mieux aujorud'hui aussi...
Quoique ton expl est nul car c'est pas le meilleur coin de l'UDF.
"Et n'oublie pas qu'il n'y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir". C'est l'hôpital qui se fout de la charité
@LCDM,
S'il te plait, dis moi que tu fais exprès de ne pas comprendre pour battre un record du nombre de commentaires sur un billet...
En 2004, l'UDF fait 12.0 % au plan national et 12.63 % en Ile de France. Donc, de fait, un score de 15.18% pour les Hauts de Seine implique que l'électorat UDF de l'époque est sur-représenté dans ce département par rapport à la moyenne nationale ou régionale. OK ?
Si on prend comme hypothèse que l'électorat UDF de 2004 est resté fidèle au Modem, cette sur-représentation devrait se retrouver dans les résultats du Modem de 2009. OK ?
Hors, en 2009, le Modem fait 8.46% au plan national, 8.52% en Ile de France et 9.14% dans les Hauts de Seine. La sur-représentation n'est pas flagrante, et, en tout cas, bien moindre qu'en 2004.
DONC l'électorat UDF de 2004 dans ce département n'est PAS resté fidèle au Modem.
Vos exemples ne me convainquent pas de la malignité de Pierre Martin, ni de l'oxymore dans la confidentialité des publications scientifiques. Il y a plutôt pléonasme ;).
Le point de rupture dans votre analyse par rapport au crapaud est que vous considérez l'ancien électorat UDF comme un monolithe. On peut très bien interpréter vos chiffres avec la méthode de Pierre Martin et obtenir le même résultat.
Le postulat : le MoDem a perdu la partie la plus à droite de l'électorat UDF. Cette perte n'est pas vraiment compensée par des apports de gauche.
Dans le 92, on passe de 15 à 9 %. Le stock initial d'UDF était important. Perte forte peu de compensation mais du fait de l'importance du noyau électoral initial cela permet de se maintenir au-dessus du score régional (dans un contexte de débandade générale).
Dans le 93, stock initial plus faible, sur lequel le MoDem perd. Peu de compensation dans ce département de gauche. Donc un score inférieur à la moyenne régionale.
@Fulrad,
On ne peut pas comparer les chiffres absolus d'une élection à l'autre. En l'occurrence comparer le 15% de 2004 avec le 9% de 2009, c'est comparer des choux avec des carottes.
Dans les électeurs UDF de 2004, comme dans ceux du Modem de 2009, il y a en forcément qui ne sont pas des électeurs réguliers de cette tendance politique (ceux qui vont être convaincus par un discours de campagne, ceux qui vont voter par rapport à l'enjeu européen, etc. on peut trouver bien des raisons)
On ne peut pas, par simple hypothèse abusive, réduire à zéro le nombre de ces électeurs.
Si on veut comparer le 15% de 2004 avec le 9% de 2009, il faut d'abord annuler l'effet de ces électeurs non marqués idéologiquement.
Une hypothèse raisonnable (et c'est la seule que je ferai) est que ces électeurs là, qui ne constituent pas le coeur de l'électorat d'une tendance, sont uniformément répartis sur l'ensemble du territoire. Leur choix dépend beaucoup plus du contexte de l'instant que d'une décision idéologique propre à l'histoire d'une zone géographique.
Autrement dit, il suffit, pour annuler l'effet de cet électorat "contextuel", de ne prendre en considération que les scores corrigés.
C'est ce que j'ai fait en retranchant les chiffres régionaux ou nationaux de chacun des scores.
Exemple avec les chiffres nationaux :
En 2004, le score corrigé, c'est à dire la "plus value idéologique UDF" dans le 92 est donc de 15.18-12.0 soit 3.18 points
En 2009, cette plus value tombe à 9.14-8.46 = 0.68 points
Une remarque en passant : c'est justement parce que je ne considère PAS les électorats comme des monolithes que j'estime que mon raisonnement n'est pas biaisé à l'inverse de celui qui consiste à dire -sans apporter aucune justification- que les électeurs qui sont restés au Modem étaient en majorité ceux qui votaient déjà UDF.
Ceci étant, pour avoir une vision plus exhaustive, il faudrait faire l'étude sur l'ensemble des départements et ne pas se limiter à un 92 Sarko-Balkano-Santiniste