Ecole publique et égalitarisme
Par Oaz » 13 octobre 2009, 23:55 - Sicap
Il ne se passe plus une semaine sans qu'une nouveauté surgisse de l'éducation nationale. On a eu droit au paiement des heures de présence des élèves. On a eu aussi la nouvelle façon de faire régner l'ordre dans les établissements scolaires.
Aujourd'hui, c'était autour de la tant attendue réforme du lycée qui, finalement, ne cassera pas trois pattes à un canard.
Tous ces pseudo-évènements me laissent globalement indifférents car ils n'influent qu'à la marge sur l'action d'enseigner dans tous les lycées, collèges ou écoles du pays.
Avec trois enfants scolarisés dans l'enseignement primaire, je commence à apprécier quelques dysfonctionnements du système éducatif. Ceux-ci me semblent bien plus importants que quelques caméras de surveillance ou quelques euros donnés aux élèves.
En théorie, grace à une organisation nationale et des programmes clairement définis, les élèves ont tous la même possibilité d'acquisition de compétences (au sens large : savoirs et savoir-faire). Du coup, le système ne fonctionne pas trop mal et l'action politique se focalise sur les sous-parties du système où cela fonctionne moins bien : certaines zones géographiques, certaines filières, etc.
En pratique, je suis convaincu qu'il existe des disparités énormes qui ne sont dues qu'à une seule variable : la qualité du personnel enseignant.
Une de mes filles fait actuellement la douloureuse expérience de l'enseignante la plus médiocre qu'il m'ait été donné de voir et, après quelques réserves déjà émises par le passé, je commence à sérieusement douter du niveau général de la profession.
Je ne suis d'ailleurs pas le seul à avoir constaté le problème. Quelques parents avec qui j'ai eu l'occasion de discuter ne comprennent pas non plus pourquoi il n'y a quasiment jamais de devoirs, pourquoi les cartables sont souvent vides et les cahiers très peu remplis. Lors de la traditionnelle réunion de début d'année où les parents rencontrent l'enseignant, je n'avais jamais vu une telle fronde de la part des parents qui réclamaient des explications.
La meilleure explication que l'on ait pu avoir c'est "les devoirs à la maison, c'est inégalitaire car tous les enfants n'y ont pas les mêmes conditions de travail". Donc il y aura très peu de devoirs. Et pour éviter que certains parents trop mal intentionnés envisagent de revoir avec leur progéniture le travail fait en classe, les cahiers resteront à l'école.
On a quand même "obtenu" d'avoir de temps en temps quelques cahiers pour se tenir au courant du travail réalisé et c'est là que l'on constate l'ampleur des dégats : à la mi-octobre les élèves n'en sont qu'à la 5ème fiche de leur fichier de mathématiques qui en compte plus d'une centaine (à titre de comparaison, une autre de mes filles a le fichier de la même collection dans un niveau inférieur et leur classe a déjà fait une trentaine de fiches...)
Bien évidemment, en tant que parent qui se soucie de la scolarité de ses enfants, je ne pouvais pas laisser les choses en l'état. On a simplement acheté un livre de français et un livre de maths pour rattraper le travail qui n'est pas fait en classe...
Le problème, c'est que d'autres parents agiront de la même façon mais que d'autres n'auront pas le même réflexe et la plupart de leurs enfants vont bêtement perdre un année entière.
Où est l'égalité dans tout ça ?
Sous prétexte de ne pas accentuer une inégalité au profit des enfants qui bénéficient d'un entourage favorable, le système ne fait qu'aggraver les choses.
Ce système qui laisse les parents à la porte de l'école quand il s'agit de parler d'autre chose que des sorties scolaires ou de menu de la cantine me semble à bout de souffle car il n'est plus en mesure de délivrer le niveau de qualité que l'on est en droit d'attendre.
S'il y a une "dérive inacceptable" dans le système éducatif actuel, c'est bien celle-là : prétendre que ce système est organisé pour être égalitaire en diminuant l'impact de l'environnement social de l'élève sur sa scolarité alors que le système génère lui-même des inégalités en suscitant, du fait de ses lacunes, l'implication des parents.
Commentaires
Bonjour,
Je te signale que les devoirs écrits sont interdits en primaire, depuis 1969. Cette collègue respecte donc la loi.
Quant au reste, je ne peux bien sûr pas juger, mais sache qu'il n'est pas illogique que des personnes peu compétentes passent à travers les mailles du filet. On ne peut pas avoir 800 000 génies en poste.
Enfin, l'entrée des parents dans le système ne peut se faire n'importe comment. Les parents, par définition, sont menés par les affects qu'ils éprouvent pour leurs enfants. Parfois, ils sont capables de s'en extraire et d'être cohérent, mais très souvent ce n'est pas le cas. De plus, de nombreux parents n'ont pas les compétences pour juger du travail de l'enseignant.
A bientôt,
L'existence de programmes nationaux n'empêche pas une mise en oeuvre et des contrôles locaux.
Merci de ces précisions.
Je voudrais juste ajouter quelques réflexions.
Le contrôle existe par l'inspection. Par contre, je suis totalement d'accord avec toi sur la difficulté de remettre en cause le concours, mais je crois que cela est lié à deux choses : le concours est quasiment uniquement disciplinaire et il est tellement difficile à décrocher qu'il serait problématique de virer des gens qui ont parfois mis trois ans à l'avoir. Il faudrait alors envisager des reconversions plus aisées, très difficiles aujourd'hui.
D'autre part, les enseignants restent libres de leurs pédagogies, ce qui ne nécessite pas des pédagogies locales.
Mais c'est excellent ce billet, j'aurais pu l'écrire alors que je n'ai pas d'enfant... Mais si le billet avait été de moi, tout le monde aurait gueulé...
Ravi de voir que des blogueurs font autre chose que commenter l'actu...
@Mathieu
Le problème du contrôle par l'inspection, je suppose que tu le connais bien. Que peut-on contrôler en examinant le travail de quelqu'un pendant 2 heures une fois tous les 5 ou 6 ans ? S'il y a des heures à récupérer, c'est bien ces heures de contrôles inutiles...
Le fait que les enseignants soient "libres de leur pédagogie" est une partie du problème : ils sont libres d'exercer leur métier comme ils l'entendent et ils ne sont tenus à aucune obligation de résultat. Ca en fait quand même un métier très particulier. En général, plus on a de liberté sur l'organisation de son propre travail, plus on est jugés sur ses résultats...
@LCDM,
Merci. J'avais un peu peur que ce billet fasse un peu trop "je raconte ma vie".
Ceci dit, au vu du nombre de commentateurs, il n'a pas déchainé les passions...
A Oaz : j'en peux plus des blogueurs qui commentent l'actu comme des moutons. Alors t'as pas les choix : raconte ta vie ! Livre tes impressions mais pas en fonction de l'actu mais quand tu es concerné. Laure le fait aussi.
Je vais faire un billet dessus mais à ce rythme, je ne vais plus lire que vous 3.
@ Oaz : entièrement d'accord sur l'inspection, qu'il faut réformer.
Sur la liberté pédagogique, le problème est de savoir comment juger les résultats d'un prof. Vrai casse-tête sur lequel nous sommes tous en échec.
C'est intéressant, mathieu termine sur la bonne question.
Je soulignerais aussi que l'on ne peut donner aux parents de pouvoir pédagogique dans la mesure où l'écrasante majorité aura fatalement une conception clientéliste de l'école,en particulier dans le contexte actuel.
Je ne pense pas que ce soit ton cas, tu fais visiblement un effort d'objectivité important dans cet article.
Je suis choqué par l'interdiction de ramener les cahiers à la maison pour ne pas que les parents puisse faire réviser leur chérubins. Tu confirmes que c'est bien en ces termes que cela se passe ?
C'est un excès ridicule.
ps: Même si je suis actuellement en postdoc,je suis prof.
Oui, le problème de l'inspection n'a pas de solution évidente et n'en aura probablement jamais.
Mon sentiment est que le système pourrait s'auto-contrôler si les profs étaient moins livrés à eux mêmes et si un peu de "liberté pédagogique" était abandonné au profit de l'obligation à une plus grande collaboration entre enseignants.
@Florian,
Les explications étaient moins brutes qu'une interdiction de faire réviser. La justification principale pour ne pas donner les cahiers aux élèves est qu'un cahier oublié à la maison empêche le travail en classe de se dérouler correctement.
Mais l'enseignante a explicitement précisé que de faire travailler les enfants à la maison était inégalitaire car tous n'ont pas les mêmes conditions familailes - et on voyait bien que cette inégalité là la gênait profondément.