En théorie, grace à une organisation nationale et des programmes clairement définis, les élèves ont tous la même possibilité d'acquisition de compétences (au sens large : savoirs et savoir-faire). Du coup, le système ne fonctionne pas trop mal et l'action politique se focalise sur les sous-parties du système où cela fonctionne moins bien : certaines zones géographiques, certaines filières, etc.
En pratique, je suis convaincu qu'il existe des disparités énormes qui ne sont dues qu'à une seule variable : la qualité du personnel enseignant.

Une de mes filles fait actuellement la douloureuse expérience de l'enseignante la plus médiocre qu'il m'ait été donné de voir et, après quelques réserves déjà émises par le passé, je commence à sérieusement douter du niveau général de la profession.
Je ne suis d'ailleurs pas le seul à avoir constaté le problème. Quelques parents avec qui j'ai eu l'occasion de discuter ne comprennent pas non plus pourquoi il n'y a quasiment jamais de devoirs, pourquoi les cartables sont souvent vides et les cahiers très peu remplis. Lors de la traditionnelle réunion de début d'année où les parents rencontrent l'enseignant, je n'avais jamais vu une telle fronde de la part des parents qui réclamaient des explications.

La meilleure explication que l'on ait pu avoir c'est "les devoirs à la maison, c'est inégalitaire car tous les enfants n'y ont pas les mêmes conditions de travail". Donc il y aura très peu de devoirs. Et pour éviter que certains parents trop mal intentionnés envisagent de revoir avec leur progéniture le travail fait en classe, les cahiers resteront à l'école.
On a quand même "obtenu" d'avoir de temps en temps quelques cahiers pour se tenir au courant du travail réalisé et c'est là que l'on constate l'ampleur des dégats : à la mi-octobre les élèves n'en sont qu'à la 5ème fiche de leur fichier de mathématiques qui en compte plus d'une centaine (à titre de comparaison, une autre de mes filles a le fichier de la même collection dans un niveau inférieur et leur classe a déjà fait une trentaine de fiches...)

Bien évidemment, en tant que parent qui se soucie de la scolarité de ses enfants, je ne pouvais pas laisser les choses en l'état. On a simplement acheté un livre de français et un livre de maths pour rattraper le travail qui n'est pas fait en classe...
Le problème, c'est que d'autres parents agiront de la même façon mais que d'autres n'auront pas le même réflexe et la plupart de leurs enfants vont bêtement perdre un année entière.

Où est l'égalité dans tout ça ?
Sous prétexte de ne pas accentuer une inégalité au profit des enfants qui bénéficient d'un entourage favorable, le système ne fait qu'aggraver les choses.
Ce système qui laisse les parents à la porte de l'école quand il s'agit de parler d'autre chose que des sorties scolaires ou de menu de la cantine me semble à bout de souffle car il n'est plus en mesure de délivrer le niveau de qualité que l'on est en droit d'attendre.

S'il y a une "dérive inacceptable" dans le système éducatif actuel, c'est bien celle-là : prétendre que ce système est organisé pour être égalitaire en diminuant l'impact de l'environnement social de l'élève sur sa scolarité alors que le système génère lui-même des inégalités en suscitant, du fait de ses lacunes, l'implication des parents.